jeudi 23 mars 2017

Contemporain

Tout attendre de l'amitié quand les autres
Étalent leur ego sur les réseaux sociaux.
Recherches effrénées de l'amour et du faux
Perdues dans une vie qui n'est pas la votre.

Ô toi qui a persuadé le monde stalkant
De n'être que succès et autres voluptés,
Sache que depuis ton immense vacuité
Tu n'atteindras que tes semblables en mentant.

Mais ne crains rien, mon petit canidé froussard !
Le monde n'avance que dans ta direction :
Les Hommes se regardent en vulgaires pions
À placer pour remporter l'échec du vantard.

Comédie des-humaine et vertu-elle
Sur l'autel païen de la mégalomanie
Les dignités en masse se sacrifient
Pour des contradictions individuelles.

Car Grand F ne produit de pire mensonge
Que celui chaque jour conté à soi-même.
"Je ne supporte pas les gens qui trop s'aiment"
Dit-elle, pénétrant les vies à rallonge.

Je ne serai ton amie dans le livre bleu.
Moi, femme de sentiments anachroniques,
Demeure seule dans ma vie acétique,
Plongée dans l'instant sans penser à d'autres yeux










dimanche 22 janvier 2017

2016: it's complicated

George Michael est mort un 25 décembre, alors à défaut de croire en Dieu,


j'ai bien compris que je le Diable existait, et on peut dire qu'il a de l'humour ce con. Après avoir fait sortir un vieux sex-symbol helléniste auteur du tube le plus insupportable de Noel du comma un 25 décembre 2011, il le ré-éteint quelques années plus tard le même jour. Sacré toi.

L'attentat de Berlin, le massacre au Nord-Kivu dans ce pays maudit des dieux ou des responsables corrompus (merci à mes trois dans la coopération au développement, dont 80% furent dédiés à des réjouissances congolaises) et pour finir cette blague au goût douteux.

Alors que je ne pressentais rien de bon pour le monde de 2017 en cette fin 2016, les premières semaines de janvier m'ont donné raison sur le plan personnel. J'ai eu beau coucher sur mon cahier d'étudiante mes traditionnelles résolutions lors de mon vol de retour, les faits ne font que contredire mes écrits. Preuve ultime que nous acharner à vouloir tout contrôler finit toujours en crescendo de notre déception à la vue des éléments qui se déchaînent face à nous. Faire des choix pour avancer, comme cesser tout contact avec des amis qui n'en étaient pas et quitter un travail ennuyeux à souhait pour se mettre à son compte. Puis réaliser que notre quête d'absolu et de déni des contraintes de la vie ne nous enferment qu'un peu plus dans ce que l'Homme déteste et craint par-dessus tout : la solitude. Démissionner pour la liberté (l'insécurité), le gain de temps grâce à l'évacuation du problème causé par le lieu de travail (passer toute sa journée en pyjama et s'auto-déconcentrer grâce aux sources de distraction infinies disponibles chez-soi), ne plus être fatiguée par une longue journée et rencontrer plus de gens (qui eux sont fatigués par leur longue journée et ne sortent pas), les loisirs (dont les voyages qui s'envolent, eux, pas nous, par manque d'argent), se concentrer sur une recherche d'emploi en France (soit une annonce intéressante tous les tremblements), profiter d'adorables sacrés de Birmanie (qui s'en branlent puisqu'elles pioncent toute la journée et dont l'une a même l'insolence de ronfler comme une vieille bécane). Pour faire court : chapeau l'artiste !


Vouloir faire ce qui nous plaît et s'entourer des bonnes personnes a un prix : l'incertitude financière et la solitude, sans compter le célibat. Les femmes heureuses en amour et au travail sont des femmes naturellement aptes à faire de concessions tout en étant respectées. Les éternelles célibataires sont celles qui ne pourront se satisfaire de la médiocrité inhérente au couple. Inutile de dire que j'en fait partie et que je le paye très cher.

L'exigence n'a pas de prix puisqu'un prix est une limite. Or le principe même de l'exigence est de ne pas en avoir : elle va certes être temporairement comblée, mais les décisions qu'elle engendre sont toujours synonymes de lourd tribut.
J'ai voulu rester en Allemagne après mes études car la qualité de la vie ainsi que le monde du travail y sont meilleurs, je le paye de solitude et de célibat. J'ai considéré mes amis comme des traîtres, alors je suis seule à Hambourg malgré les connaissances sympathiques que j'ai pu rencontrer depuis. Et encore une fois, j'ai quitté mon travail aussi sûr que chiant pour me consacrer à mon métier de traductrice et me retrouve projetée dans la galère d'un secteur ultra-féminisé et donc ultra-précaire. Non pas que je l'ignorais, mais j'avais tout de même fait des estimations de mon chiffre d'affaires nettement supérieures.


Malgré tout, je suis en mode Edith Piaf (tiens, une autre femme en quête d'absolu...tu m'étonnes qu'elle ait écrit une chanson pareille) et ne regrette rien.

Le monde est cruel, les gens nous plantent des couteaux dans le dos dès qu'ils le peuvent, mais...
Des trahisons l'art te sauvera
Des échecs l'art te sauvera
De la solitude l'art (et surtout une bonne soirée indé-rock) te sauvera



Du blues de la trentaine le blues te sauvera

Keep faith


mardi 10 janvier 2017

Molkette un jour...

Mon groupe préféré. Le premier groupe de rock que j’ai écouté et le seul qui n’a jamais vraiment quitté mes écouteurs. Tout avait commencé l’année de mes 15 ans, vous savez ce prétendu âge bête où les hormones se déchaînent ? Un samedi soir comme les autres à regarder Tout le monde en parle pendant que mes parents dorment au-dessus, captivée par les confrontations chocs, les interviews formatées d’Ardisson, morte de rire devant les obscénités bienveillantes de Baffie et fâchée de ma nullité au mythique blind-test. Bref, la meilleure émission de l’histoire de la télévision à mes yeux. Toutes ces années de grand-messe du samedi soir pendant laquelle Marylin Manson au sommet de sa notoriété pouvait se retrouver en face de Maître Capello.



Alors ce soir-là l’homme en noir avait croisé une fois de plus deux mondes parallèles en installant l’androgyne le plus canon de l’histoire du rock en face de...Sacha Distel. Je serais incapable de dire ce que j’écoutais comme musique jusqu’à cette soirée, mais certainement pas du rock. Je suis tombée amoureuse de ce type, comme n’importe quelle gamine de 15 ans devant un mec qui ne saura jamais qu’elle existe, comme ces petites gothiques du public au bord de l’évanouissement,



ou encore comme les Françaises qui se sont mises à prendre allemand au collège quelques années plus tard pour comprendre les paroles de Tokio Hotel. Loin de moi l’idée de faire la moindre comparaison d’ordre musical, mais les émotions sont identiques : ces hormones qui s’affolent, l’intensité des sentiments décuplée, ces passions, ces obsessions, ces « mind-crush » exacerbés pour des stars inaccessibles. Je ne pense pas que la plupart des trentenaires fantasme sur un acteur sexy. Les femmes doivent fondre 5 minutes devant les abdos de Ryan Gosling, le sex-symbol de notre génération, pour ensuite rapidement passer à autre chose.

Pendant mes années lycée, j’étais obsédée par Brian Molko, sa voix extraordinaire, son maquillage, ses blagues en interview, son rire, son français à tomber, sa jeunesse à deux pas de ma ville, son anglais parfaitement intelligible pour tout individu avec une maîtrise basique de la langue de Shakespeare, ses provocations, et puis surtout : sa musique. Ce soir-là j’avais tout à coup mis un visage d’ange sur The Bitter End qui passait en boucle à la radio. Je me rappelle avoir brièvement évoqué mon coup de foudre à ma sœur qui m’a répondu que son mec aimait beaucoup Placebo. Une fois Sleeping With Ghosts gravé par mon beau-frère et écouté en boucle,  une fois les trois précédents albums achetés à la FNAC de Metz avec mon maigre argent de poche et une fois les paroles énigmatiques apprises par cœur puis traduites à défaut d’avoir pu être déchiffrées, mon anglais est passé (en toute modestie) de très bon à excellent, et surtout le rock n’a plus jamais vraiment quitté ma vie. Je me suis mise à lire la presse musicale, à écouter ce qui se faisait de mieux à l’époque (Paradize d’Indochine, The Libertines, The Kills, etc.), à découvrir ce qui se faisait de mieux à une autre époque (les Clash quand tu nous tiens) et à être obsédée par d’autres rock stars attirantes, comme Nicola Sirkis, Paul Simonon jeune, et Carl Barât, un peu. Mon rêve était moi-même d’être une rock-star, mais heureusement je ne l’ai jamais réalisé : trop timide et trop feignante pour apprendre la guitare.

Puis j’ai grandi et Brian Molko s’est clairement enlaidi (ça pourrait être un début de chanson ça...), même s’il se retrouve toujours en face de vieux chanteurs français aussi ringards que sympathiques.



Enfin majeure et plus intéressée par les mecs de mon entourage que par des images renvoyées à travers un écran, j’ai finalement vu Placebo au Galaxie en 2006 pour sa tournée Meds.
Je remercie mes parents de m’avoir interdit toute sortie pendant les années de ma minorité car je ne me serais sans doute jamais remise d’un concert de mon idole en 2004. Dieu soit loué en 2006 je n’étais plus pucelle, j’étais passée à autre chose (année des Strokes et des Arctic Monkeys), et surtout devenue bien moins fan sous le choc de morceaux aussi insipides que Song to say Goodbye et Infra-Red. Mais  bizarrement, et là est toute la magie de Placebo en live, ils ont réussi à me les faire redécouvrir et aimer à cet instant très précis, dans la fosse du Galaxie (tiens, un autre début de chanson...). Excellent concert, le premier de ma vie même, au court duquel le Sieur Brian nous a rappelé sa fierté pour ses origines écossaises.



...Molkette à Hambourg...


Chose qu’il s'est contenté de réitérer à l'oral 10 ans plus tard en ce soir d’Halloween dans ma charmante cité hanséatique, évoquant brièvement et sur le ton de l’humour le Brexit et le débat sur l’indépendance de l’Écosse. Un concert mémorable, un duo étrangement communicatif et sympa, un Brian sexy à son âge avancé avec son délicieux allemand et sa coupe Jeanne d’Arc revival 2003 (tiens, comme de par hasard). Bref, une soirée sur un nuage de nostalgie. La tournée anniversaire A place for us to dream porte bien son nom car c’est dans un endroit qui n’est que foule et musique que l’on rêve. Deux petites semaines après un autre rêve qui a bien nachgewirkt dans mon quotidien morose, j’ai été une fois de plus hors du temps présent et replongée dans mes années Molkette à coups de nombreuses chansons issues du premier album, à coups d’entrée sur leur morceau le plus emblématique Pure Morning, à coups de restes sympathiques de la belle époque d’un Brian subversif,



et surtout à coups d’immenses surprises, dont cette pépite du premier album qu’ils n'avaient pas jouée depuis une éternité,


Comme en 2006, Placebo a réussi à me faire aimer des daubes radiophoniques comme Too many friends et For what it’s worth. Comme quoi, l’ambiance concert et surtout le talent de bons musiciens font des miracles ! Celui d’insuffler, en quelques chansons seulement, dans le corps d’une trentenaire désabusée l’esprit de l’adolescente qu’elle était, mais un esprit épuré de tout le mal-être propre à cet âge si violent, un esprit qui n’était que douce nostalgie de sa jeunesse et de cette passion pour un groupe de rock.

La boucle s’est bouclée pendant les fêtes : ma nièce adorée retrouve soudainement le billet du concert de 2006 chez les parents de son papa, puis j'apprends qu’Hervé Villard boit un coup à quelques pas de moi dans le bistrot où j’ai fait mon 31. Trop de hasard tue le hasard et interroge sur la possibilité d'un destin, voire d'une entité éternelle qui orchestrerait ce genre de coïncidences feintes.

Je n’ai pas la réponse, mais une certitude : la violence de la presse allemande au lendemain du concert deHambourg m’a encore fait comprendre à quel point ce pays de bourrins était aux antipodes du mien et de la sensibilité des Français. Ici, on n’aime pas le « rock mélancolique », par contre les Teutons se déchaînent volontiers à un concert de Royal Blood. Les sentiments exacerbés, c’est ridicule. La romance et le flirt, c’est ridicule. Et le Sturm und Drang est mort une deuxième fois. La mauvaise foi d'un journaliste du Welt qui semble avoir  vu un autre concert (peu d'interaction avec le public ? Rires de politesse dans l'assistance ?), elle, est bien vivante.
Dichotomie confirmée par la presse française dithyrambique.
Entendons-nous bien : la presse n’est pas le peuple et cette immense salle était – proportionnellement – aussi pleine que Bercy. Toutefois, l’amour du public français pour Placebo est, selon les dires du groupe, assez exceptionnel et reflète par une sorte d’effet miroir l’influence qu’ont eu la culture et la littérature française sur un jeune Brian Luxem-bourgeois.

Une chose est sûre : j'ai profité qu'un petit vampire se soit retourné sur ses 20 ans de carrière pour regarder mes 15 ans, le laissant aspirer mes angoisses et me ré-insufler dans les veines l'idée que la musique reste l'un des éléments les plus vitaux à l'être humain. Un vampire pas comme les autres.



...Molkette toujours.





vendredi 9 décembre 2016

It can never be the same

Il est question d’un moment de grâce similaire à celui-ci dans le sens où le temps se suspend, le quotidien n’a jamais existé et la pensée de la journée de travail du lendemain traverse votre esprit à la manière d’une étoile filante. L’évanescence (non pas le groupe-arnaque des années 2000) de l’astre n’a d’égal que son caractère irréel, tout comme l’idée même que cette soirée puisse avoir une suite, des transports en commun à attendre, une nuit de sommeil qui s’achève par un réveil difficile une poignée d’heures plus tard. A-t-on vraiment vu cette étoile filer dans le ciel ? A-t-on vraiment senti filer cette pensée dans notre esprit alors que dans cette Barclay blablabla O2-Arena tout est Just Like Heaven ?
Voilà, le titre est lâché alors redescendons deux minutes pour parler concret : la setlist. Et bien aucune surprise, les tubes s’enchaînent pendant ces trois petites heures d’un show trop court. Et c’est tant mieux ! Je n’ai pas une seule seconde espéré entendre ce soir-là les sublimes morceaux du chef d’œuvre Pornography, et a fortiori mon préféré : A Strange Day. Non. Ce soir-là l’immense, tant par le gras que la légende, Bob et l’ancien beau-gosse Gallup, si ridicule dans son accoutrement de vieux rockeur qu’il en devint attendrissant, jouent principalement les chansons de leurs trois albums les mieux vendus : The Head on The Door, l’incoutournable Kiss me, Kiss me, me Kiss me et biensûr Disintegration. Mais deux interprétations du jeune The Cure ont retenu mon attention.
Shake Dog Shake avec les ombres agitées des membres du groupe sur écran géant. Excellentes lumières et projections tout au long du show soit-dit en passant, et un rôle non négligeable joué dans l’ambiance onirique qui a porté pendant trois heures cette immense salle remplie.




Et surtout, oh surtout, mon Dieu ! A forest. Je crois que pendant ces dix minutes de fusion indescriptible entre les deux piliers du groupe nous ont tous scotchés dans la salle. Incroyable, ahurissant, sublime, planant : si je me souviens bien, ma bouche était restée ouverte de stupéfaction pendant quelques instants et j’ai bien failli chialer tellement c’était bon. D’ailleurs tous les commentaires laissés sur cette vidéo par quelques autres spectateurs confirment que c’était indéniablement le clou de la soirée.




En vrac :
Pictures of you m’a ravie, réel plaisir d’entendre Charlotte Sometimes que je n’avais pas écouté depuis des lustres, Just Like Heaven ne décrivait non pas le sentiment amoureux, mais clairement ce que je ressentais pendant l'ensemble de la soirée. C’est justement la définition d’un bon concert : une communion si parfaite entre des musiciens généreux et leur public que ce dernier vit pleinement l’instant présent. Une chose si rare à notre époque de course permanente après le temps.
Le troisième rappel était excellent : le fameux The Lovecats jazzy m’a fait kiffer pour des raisons évidentes, Friday I’m in Love m’a fait sourire de mignonnerie, et la fin explosive dans le plus popy que jamais Why Can’t I be You a pérennisé les étoiles que ce concert m’a mis dans les yeux.

Mention spéciale à :
Jason Cooper qui, comme beaucoup de batteurs, nous fait regretter qu’un si grand sex-appeal puisse être caché derrière un si grand instrument. Lui n’a pas morflé.
Un public de quadras ému devant le groupe de sa jeunesse et qui a eu, contre toute attente, le bon goût de ne pas se déguiser en Robert Smith. Donc nostalgie, mais avec parcimonie.
Robert Smith donc, son flegme britannique, la voix la plus reconnaissable de l’histoire de la musique pop, voix aussi intacte que son look. En effet, cette « Liz Taylor pochetronnée » (3'47) pour certains




ou « la meilleure grand-mère » pour une presse allemande dithyrambique suite au concert du lendemain dans la capitale approche de la soixantaine. Néanmoins, offrir trois heures de sublime à Hambourg le lundi et trois heures trente de, d’après les fans qui ont assisté aux deux, moins sublime à Berlin le mardi c’est ne pas avoir d’âge. Ne pas être le leader d’un groupe phare des années 80, mais juste une légende.



Merci Liz.

dimanche 30 octobre 2016

J’ai fait le Vietnam



La nuit tombe dans l'atmosphère pesante autour du lac de Thac Ba

Il fût un temps pas si éloigné où ces mots ne pouvaient être prononcés que par les voix doublées en français des vétérans américains survivants d’un bourbier sans nom et qui en plus s’est mal terminé pour l’Oncle Sam. Dans la culture américaine, donc la nôtre, on en a vu des personnages qui ont « fait le Vietnam », comme Travis Bickle indubitablement ravagé par la guerre ou encore le pote de Forest Gump aux deux jambes coupées.
Aujourd’hui et en dépit du viol collectif que subit la langue française chaque jour sur internet, dans les écoles, les lycées, les universités et les entreprises, il est tout de même légitime de dénoncer cet abus de langage volontiers utilisé par les « baroudeurs », les  retraités qui enchaînent les voyages, les petits cou-couples bien agaçants qui partent en amoureux (parenthèse : voici mot pour mot ce que je pense de ces deux êtres qui ont presque toujours renoncé à leur individualité),

https://www.youtube.com/watch?v=UkbsTmLPaWU

les jeunes diplômés en plein tour du monde car encore trop immatures pour se lancer dans le marché du travail et les jeunes cadres aux velléités plus sabbatiques que dynamiques. Non, mes chers : vous n’avez pas fait le Vietnam. Pas plus que vous n’avez fait l’Italie, l’Islande, les Etats-Unis ou encore le Chili. Contentez-vous de dire que vous l’avez visité ou tout simplement que vous y êtes allés. C’est déjà pas mal, non ? Vous n’avez rien fait du tout. À la rigueur Hô Chi Minh a fait le Vietnam. Vous n’êtes pas Hô Chi Minh.



Garibaldi a fait l’Italie, à la rigueur. Vous n’êtes pas Garibaldi. Vous êtes des touristes qui consomment des destinations comme des Kleenex et veulent juste les ajouter à votre liste, dire à votre entourage : « Oh on a déjà fait les Etats-Unis », épingler un pays sur votre carte du monde et voir tout plein d’épingles pour vous gargariser d’avoir FAIT plein de trucs. Bref, vous l’avez compris, et comme je dis régulièrement à ces irrésistibles emmerdeuses :




vous m’enquiquinez.

Je suis une ancienne khâgneuse et garde donc toujours en tête que les mots ont un sens. C’est pourquoi dire qu’on a « fait un pays » est très, mais alors très gênant et révèle ce que vous êtes : un touriste occidental de base qui dans le fond (soyez honnête) veut accomplir des choses pour sa propre fierté et non s’intéresser au pays qu’il visite, et ce même s’il prétend le contraire. Si votre démarche était autre, son expression serait elle aussi autre. Les mots ont un sens et par cet abus de langage c’est votre véritable motivation à voyager qui s’exprime. Les seuls à mes yeux qui peuvent s’autoriser à employer cette expression sont les vrais voyageurs, qui eux font des choses. Sylvain Tesson ne serait pas ridicule s’il déclarait avoir fait la Sibérie car en plus d'engendrer une souffrance physique en plus du questionnement intellectuel, ses voyages constituent une quête (on peut le dire) existentielle et la base d’une production littéraire. Ce mec écrit bien, donc il a tous les droits. Et puis il y a aussi des tarés (oui, encore plus que Sylvain Tesson), comme Mike Horn. Lui il en a fait des pays.

Ceci étant dit mon deuxième coup de gueule sera envers moi-même. Pourquoi faut-il que je tombe amoureuse de toutes les destinations que je visite ? Pourquoi faut-il que je me dise "ce voyage était vraiment le meilleur que j'ai jamais fait. J'y retournerai bientôt." ? Soit le dernier voyage chasse l'avant-dernier de ma mémoire, soit mes expériences s'améliorent effectivement. J'en doute. Mon dernier article à ce sujet racontait mon bref passage à Barcelone et je pensais que mes mots allaient être uniques. Et bien non. Car je pourrais en utiliser les premières lignes pour décrire les sentiments éprouvés pendant (et surtout après) ce sublime voyage. À cela s’ajoute bien évidemment l’exotisme, mon premier voyage en Asie, la chaleur étouffante, la meilleure gastronomie que je n’ai jamais goûtée et le spectre de Catherine Deneuve, Jean Yanne, Nicolas Sirkis et même des Bérus dans les sites et éléments culturels les plus emblématiques du Vietnam. Cette dernière cause d'émerveillement apparaît comme une sorte de romantisme, une nostalgie, plus proche du mot allemand Sehnsucht que du véritable regret bien sûr, vis-à-vis d'une époque coloniale que les Français n'ont pourtant pas connue et qui viendrait s'ajouter aux charmes intrinsèques de celle que nos ancêtres avaient baptisée :


 Alors trêve de jérémiades, place aux photos. Elles montrent toute la beauté du Tonkin (et l’avantage de posséder un Samsung Galaxy S6).


La circulation à Hanoï




Les rues du vieux quartier piétonnées et musiciennées le weekend




Le lac Hoan Kiem





Vu dans cette rue : d'un côté un coq dans une maison qui gueule et de l'autre côté de la voie ferrée un chat qui lui répond. Le tout sans que chacun sans voit l'autre et avec la pa-patte attachée



Le délice avec entre autres des sauterelles grillées (et bien c'est super bon, pardi !)




Rizière irriguée près de Nghia Lo





Vallée autour du village de Tu Lê - Ma meilleure photo



Sur la "route des photographes" vers Mu Cang Chai




Maison sur pilotis de l'ethnie des Thai blancs





La présence française dans la langue



Vallée de Muong Hoa près de Sapa




Mont Ham Rong vers le village de Sin Cheng




La Chine, de l'autre côté de la rivière Chay, depuis la moderne Lao Cai




Vente impressionnante de buffles sur le marché de Can Cau




Tête de buffle sur le marché de Bac Ha




Un Döner à Bac Ha (j'en ai également aperçu à Hanoï !)





Le viagra vietnamien sur le marché de Bac Ha






Hmong bleu et vert (enfin je crois) qui vendent de l'alcool de riz sur le marché de Bac Ha. Souffler dans le bidon permet de remuer l'alcool et ainsi de laisser échapper une odeur plus forte pour attirer le chaland. 




Pipe à eau et tabac sur le marché de Bac Ha (et partout au Vietnam)




Au Vietnam, on transporte tout (TOUT) sur une mobylette




Cochon transporté de maison en maison pour qu'il se reproduise avec les truies




Mon moment préféré : ballade seuls au monde en barque à moteur sur le sublime lac de Thac Ba avec ses nombreux îlots



"Délirant à bord du sampan": réserve naturelle de Van Long surnommée la Baie d'Halong terrestre




Depuis une grotte où, plus loin, il fallait presque se coucher sur le sampan pour passer




Retour dispensable à la réalité offert par la BBC




Boulettes de porcs, tofu et oubli du nom du truc vert + délicieuse sauce de poisson




Cathédrale de Phat Diem : catholique donc, mais avec l'architecture de la pagode




Bouddha au milieu (à peine visible) : pagode du village de Non Khe




Déesse de la Miséricorde devant le temple et la pagode de Non Khe





Le dîner chez l'habitant ou la tuerie (littéralement) avec entre autres des crevettes tendres typiques du delta du fleuve rouge, chouchous, morceaux de porc marinés pendant 2 heures au caramel (putain...passe à la photo suivante Ed...Tu te fais du mal ! Ed ? Reste pas bloquée !)




L'eau couleur émeraude sur l’irréelle Baie d'Halong




Cigales de mer fraîchement pêchées (et très bonnes)





Coucher de soleil sur la Baie d'Halong




Idée pour Noel au lieu de toujours les accompagner de citron


Voilà. Et pour ne rien gâcher : les Vietnamiens sont adorables, sympas, souriants, trop cools (considèrent quand même un peu beaucoup les Occidentaux comme des dollars vivants) malgré la barrière de la langue. Oui bon j'exclus "cul-sec" et "santé" que tous les hommes maîtrisent sans accent. L'alcool, une valeur aussi sûre qu'universelle *cœur*

lundi 29 août 2016

Why soccer sucks (article I wrote in July 2016)


Since my last article was about rock, I thought it was time to write a few lines about Volk. This word means people – well, nation - in German and the name of this blog refers to a very famous French music magazine called “Rock & Folk”. As I like rock music as much as analyzing nations and their history, I thought it was a pretty accurate blog name.

Being a typical French Footix – this is how soccer fans call people who suddenly watch and comment every soccer game during an international competition – during this Euro 2016, I started to support les Bleus from the semi-final against Germany. Of course, I did not believe they would go so far, so I didn’t do that earlier. The second reason is that I don’t live in France, but in Germany, which includes two major hurdles:
1 – The games did not take place around me, or worse, in my city
2 – The Germans support their successful team like crazy and as a non-German who likes going out without being surrounded by drunken soccer fans, I have been forced to stay home on a few nights because Germany was playing. This is quite annoying and made me hate soccer even more.

Despite all this, I could not miss France-Germany and watched it – for obvious reasons – at home. When France won, many Germans were as disappointed as over confident before the game. Maybe that's why I was as happy to see them lose as to see my nation win.
Anyway, according to many Germans and the press, the ref was obviously in favor of the Euro's host nation and their team played better. Sure...I've heard the same from my Brazilian friends who still remember 1998. They even mocked the team's clapping after the game, pretending it was a pale imitation of the Icelandic one. Then I thought this was just German and these people just can't lose. I just enjoyed a clear Schadenfreude as we say here, which means I was delighted to see them lose with so much bitterness after so much confidence about starting a new "era of success" and being the new Roja, BLA BLA BLA. Well done Griezmann und Tschüß! Not seeing German flags everywhere everyday has been a great relief as well.

Well, I thought that until I read all the tweets or Facebook status reacting to Portugal's final win…

Of course the ref made some mistakes: he did not see Quaresma literally strangling Koscielny.



But the most obvious one has been the penalty in favor of Portugal at 107' on Eder's and NOT Koscielny's hand.



Yes, we were better, but mainly during the first part and Portugal’s goal keeper appeared to be awesome. And by the way, who kept on saying after France-Germany: “Ok, they were better. But a game has to be won, not just played.”?
So calm down! I mean, these guys won with their best player on bench for almost the entire game. Don’t you think they deserve it? No, they don’t. Many soccer fans even called on Twitter for a cancellation of the result, claiming the game had to be played again due to major ref’s mistakes. Again, these mistakes did not directly lead to Eder’s goal.

That’s how I came to the conclusion that what I first considered as a German characteristic was actually something general and generally making me sick when it comes to an international soccer competition: a nation can’t lose and there always has to be a certain amount of the dumbest despising clichés against other nations. For example, I did not get the point of this cover:


But I even less got the point of that one:



But here I have to say the German despise towards France is more “official” and accepted as it was published by the press and not on the internet as obvious “jokes”.

Anyway, France is a racist country that votes for Le Pen, banning burkinis on its beaches whereas Germany is the open one welcoming refugees. Dudes, don’t you think people's minds can be a little bit more complex and even the strict opposite? I do and even if soccer sucks, the world’s most popular sport can teach us a lot on nations' true face…

lundi 22 août 2016

4 Favorite albums at the moment (sorry I could not find a fifth one)

#4 - Roosevelt - Roosevelt

Did I say my blog is supposed to be as eclectic as my music tastes? I've never stopped listening to rock music, but growing old made me open up my mind as you will notice from #3 and #2. That's how that young German's electro pop came to my - still - rough ears.

Colours and Moving on are the perfect background music you need while choosing your cocktail dress before heading to a fancy party.


If I hadn't read about him on German magazine Musik Express before listening to him, I would have thought that boy was another talented guy from London. Ok he's from Cologne.



#3 Of Montreal - Innocence Reaches

After the release of Deerhoof's The Magic, Polyvinyl Records is really doing a good job this year. I'm happy I subscribed to the indepedent label's newsletter and took a few seconds to read some names so I could remember them and check out their music later.
Of Montreal is part of it and I think their new album is perfect for a chilling Sunday afternoon (with your cats if you're lucky enough to have some). My Fair Lady is the best example to illustrate the atmosphere that the record conveys.


Same for A Sport and a Pastime or the very psyhedelic Les Chants de Malodor, but I have to say I hate two songs. Even for an experimental pop band, I don't think the aim of music is to make your ears bleed through the music itself in Let's Relate or through Kevin Barnes' awful vocals in Chaos Arpeggiating.
Gratuitous Abysses is more rhythmic, but it's not really going to make you dance (well, at least in a standing position).
My "coups de coeur" go here to Def Pacts and Ambassador bridge, though I prefer them live where Kevin Barnes def CAN sing.






#2 La Femme - Mystère

This time, I didn't even hear about their new record through the internet. I just received the September edition of French music magazine Rock and Folk. Oh, in case you were wondering where I got the name of my blog from...Now you have a clue.
I read the interview with Marlon and Sasha and can't disagree with the critical acclaim. I like their 80's music with three keyboards,  their smooth vocals and how they achieved to use various influence from that era - I can only recognize Taxi Girl as it's not the music I usually listen to - to create and build up their own sound. Their live performances are also remarkable: they even brought a little life into that boring, pretentious French "Victoires de la Musique" ceremony 2 years ago.


Mystère is a really good album even if I'll never be a fan of this band because of the - what appears to me as - often too stupid lyrics in French. That's the case of Où va le monde where the male vocals are also disturbingly too weak. But the video is just awesome.

http://www.vevo.com/watch/la-femme/Ou-va-le-monde/FR1A91600627

Plus, the smooth male voice can also be bizarre in a good way as well as the simple but nice, universally meaningful and realistic lyrics these guys can write. That's why Nous étions deux from their first record Psycho Tropical Berlin is - along with Le Blues de Françoise - my favorite song by La Femme

I just hope you're not a native speaker yourself, then you will think all the lyrics are great since most people instinctively find anything that comes out in French witty and sexy. Even this:


Well, that being said, their second record has some brillant songs: my favorite is Sphynx where - don't ask me why - the far away sounding female voice is a good point.



I also like Télégraphe and Tatiana is as worth listening as watching through that excellent live performance by cute Marlon.


Record to be released in September 2016.


#1 Har Mar Superstar - Best Summer Ever

Well, I did not mean it but it's a fact for this article: I came to know each album through a different media. I'm glad I listen to Oui FM everyday - the best radio I know - and its web radio broadcasting independent rock without interruptive ads at all and heard Lady You Shot Me a few months ago for the first time. I thought "Woww. Nice soul song", had a glance at the musician's Wikipedia page, liked the idea of that overweighed shirtless character called Har Mar Superstar and did not think further. Then I heard that awesome very pop Anybody's game a few weeks later, could barely believe it came from the same artist that wrote the other soul track and finally checked out his last record on Soundcloud.

While having here in Hamburg the worst summer ever, I literally fell in love with Best Summer Ever, full of love songs. I enjoy listening every single piece, from the very pop and sad ballads Youth Without Love, I Hope and Don't Erase to the nice 80's keyboardy It was only dancing through the very rock Famous Last words that just got me. Such an eclectic album! From so much keyboard and pop to that sudden loud energic interlude before ending up the whole thing with that ultimate beautiful ballad called Confidence.

Of course, the record also includes soul music: How Did I Get Through the Day.




What a voice! That was my favorite song from my favorite album of the year. Yes, in front of Deerhoof's The Magic. But both are American and therefore have awful tour dates with - needless to say - almost nothing planed for Europe...