samedi 12 août 2017

21st century man

Un physique avantageux de Dame Nature
Muscles entretenus avec assiduité
Réussite matérielle bien affichée
Montre sur poignet viril et belle voiture

De notre extension du domaine de la lutte
Je suis un parfait vainqueur, fier et effronté.
Don Juan de mon temps sans culture ni sacré,
Je les séduis, charme, et toutes s'exécutent.

Adepte du e-tethering sans le savoir
Je collectionne les numéros féminins
Récoltés via la Bible du contemporain
J'ai nommé Adopte et autres réservoirs.

Trop occupé par mon travail et mes amis,
Mes multiples conversations virtuelles
Se concrétisent rarement dans le réel
Car aux sextos se résume ma triste vie.

Paris a beau être un terrain de chasse
J'ai la trentaine intérieurement usée
Qui me prive du courage de leur parler,
Devoir masculin toujours aussi coriace.

Mon smartphone, mon plus fidèle compagnon
Ma vantardise, placebo des fragiles
Et mes amis avec leur malheur futile
Ne sauront remédier à mon abdication.

L'âge et l'époque ont eu raison de moi.
Le sexe opposé n'est plus qu'un consommable
Superficiel, il n'a rien de respectable.
Maman, tu resteras celle en qui j'ai foi.


samedi 5 août 2017

PARCE QUE C'EST NOTRE PROJEEEEETTTTTT


1. "Le niveau de nos politiciens est médiocre car les Français sont un peuple médiocre." Bernie Bonvoisin, Rock and Folk, avril 2017


"Comment en suis-je arrivée là ? Plus rien ne m'extasie (plus rien ne m'intéresse même) à part le rock and roll. D'ailleurs, c'est une musique de vieux. Je dois être la seule quadra à ne vouloir vivre que pour ça, comme cela devait se faire dans les années 70. J'étais sous le charme de Ségolène Royale en 2007, j'ai pris ma carte du PS la même année, voté Hollande 5 ans plus tard avec conviction, et aujourd'hui, alors que ma patrie est au plus mal, je m'abstiens.
- Les deux sont sans doute liés, mais pensez-vous qu'un tel désintérêt soit dû à une déception vis-à-vis de la politique, et plus généralement du monde, ou à un vide existentiel intime qui se traduit par une abstention ?"

Je ne payerais pas une fortune pour te raconter ma vie si j'avais la réponse, ducon. Cette séance fût la dernière car ce psy me donnait trop l'impression de masquer son incapacité à m'aider par la prescription d'anti-dépresseurs et l'amoncellement de questions en fin de séances aussi inutiles que déroutantes. Vingt ans après ma thérapie comportementale et cognitive réussie contre mes crises d'angoisse, j'ai tenté de retrouver un professionnel du même calibre que celui qui m'avait sauvé la vie à l'époque. En vain. Sans doute parce que cette fois-ci, mon mal-être psychologique ne se traduisait par aucune manifestation physique contre laquelle il fallait lutter. En ce jour historique du 23 avril 2017, il s'était matérialisé par une honteuse et molle abstention au terme d'une campagne présidentielle suivie avec le plus grand intérêt pétri de dégoût et d'incompréhension. Depuis mon retour d'Allemagne il y a dix ans, je n'étais jamais vraiment parvenue à saisir les spécificités de mon pays et mon grand handicap qui consistait à vouloir tout comprendre m'empêchait de me ré-intégrer. Cette campagne des caniveaux, entre un candidat de droite promu pour sa supposée blancheur et qui s’était avéré aussi pourri qu’un président de la République de droite, une candidate d’extrême-droite light dont le discours national light-socialiste fat était matraqué à un électorat fragile pour masquer des connaissance économiques ultra-light, un facho apparatchik grincheux et germanophobe, un socialiste trop honnête pour avoir la moindre chance face aux Français et un jeune fondateur de start-up qui réussissait à nous faire croire avec son physique de communiant que tout le monde allait être heureux après son accès au pouvoir.

Je suis née un 21 janvier et ne risque pas d’oublier le symbole de cette date, contrairement à mon peuple médiocre. Je n’attends pas tout de l’État, je ne demande pas à mon président d’avoir l’allure d’un monarque pour mieux décider de tout, je ne me passionne pas pour les présidentielles tout en grognant « Tous pourris ! » pour ensuite me désintéresser des législatives, je ne trouve pas normal que mon président marche pendant 100 ans pour atteindre son pupitre devant la pyramide du Louvre, je trouve les cérémonies de passation de pouvoir et les défilés du 14 juillet aussi inutiles que soporifiques. Et surtout, je ne crois pas tous les cinq ans que les choses vont se métamorphoser pour le meilleur avant de cracher à peine un mois plus tard sur l’heureux que j’ai élu. Réflexe de petit peuple opprimé d’Ancien régime dont l’admiration pour son roi n’a d’égal que sa critique systématique et irréfléchie. Pourquoi avoir coupé la tête de ce pauvre Louis XVI si c'est pour rechercher désespérément un Louis XIV dans chaque président de la...RÉPUBLIQUE ?


Alors comment m’intéresser à l’existence tout court si je n’éprouve que du mépris pour la vie politique de mon pays et son peuple ? Je ne trouve pas ça anodin. « Si tu ne viens pas à la politique, c’est la politique qui viendra à toi. » Cette phrase de mon père m’a toujours accompagnée car les faits ne cessent de lui donner raison. Si tu ne t’intéresses pas au conflit syrien et que la montée de l’islamisme radical en France ne te touchent pas plus que ça, t’inquiète pas que les balles de ces grosses merdes de terroristes, elles, sauront te toucher. Se désintéresser du monde qui nous entoure et façonne progressivement notre quotidien au travers de coups brutaux porté à notre figure d’enfant gâté apathique de l’Occident n’est-il pas une aberration en soi ? L’abstention n’est-elle pas le sceau d’un nihilisme individuel latent ? Ne plus croire en rien. Ne plus pouvoir faire de choix. Même le choix du moins pire constitue un effort insurmontable. Désespérer de la politique c’est désespérer de sa propre vie sur cette putain de Terre.

jeudi 3 août 2017

Le festival au goût amer

Festival itinérant créé dans les années 90 par le leader de Jane's Addiction pour faire la promotion de son groupe et mettre en avant la scène grunge et alternative américaine, Lollapalooza n'a désormais d'underground que les origines. Perry Farrell doit être fort peiné de l'avenir pour le moins dénaturé de sa créature. Les choses lui échappent autant qu'à nous, mélomanes amateurs de vrais concerts, tandis que le mastodonte américain propriété de Live Nation devient le symbole d'une destruction de la culture au profit du pur profit, comme l'a très justement dénoncé l'éternel ministre de la culture français, passé à l'immortalité suite à son invention du pire affront jamais commis à l'égard de la musique : le 21 juin...

Rendons toutefois à César ce qui est à César : il a entièrement raison. Quelle ne fût pas non plus ma surprise d'apprendre que mon cher Rock en Seine avait lui aussi vendu son âme à l'oncle Sam. 
Soit. Le capitalisme est roi et loin de moi l'idée de le remettre en cause ni de prôner un quelconque protectionnisme (quoi que, l'exception française fonctionnant très bien pour l'industrie du cinéma). En revanche, j'ai mon mot à dire sur la destruction du concept même d'authenticité opérée par des géants américains, à l'instar de ce terrible Lollapalooza. Affiche plus qu'alléchante pour cette première parisienne : The Hives, Imagine Dragons, The Pixies, Lana del Rey et même les Red Hot. Ni une ni deux, je me suis ruée sur la billetterie. Pauvre de moi, car mon rêve d'ado rock des années 2000 (enfin !) réalisé




n'a su apaiser le goût amer laissé aussi bien par les prestations que le festival dans son ensemble. Passons sur l'organisation déplorable : navettes de retour insuffisantes et bloquées par les taxis et VTC, files d'attente de plus d'une heure pour les toilettes des filles, et surtout absence de temps de battement entre deux concerts sur les deux scènes principales. Grand seigneur, je préfère mettre ces balbutiements sur le compte de l'inexpérience puisqu'il s'agissait là du premier Lollapalooza parisien. Ma grande bonté atteint alors ses limites lorsque je repense aux mesures de sécurité on-ne-peut plus maigres dans la capitale d'un pays en état d'urgence et gangrené par le terrorisme islamiste. À en croire les multiples camions de gendarmes qui filaient vers Paris pendant notre pre-drink du dimanche au parc de Saint-Cloud,


Bouteille cachée derrière un arbre et retrouvée le lendemain. Temps fort hors festival :)


les forces de sécurité semblaient trop mobilisées pour l'arrivé du Tour de France. Et les gilets jaunes présents sur le site n'étaient-ils pas plus utiles à papoter entre eux et dragouiller au lieu de faire leur boulot et fouiller correctement ? À la décharge de l'organisateur, une série de concerts aux portes de Paris, avec 60 000 festivaliers dont 50 % d'étrangers bourrés et habillés plus courts les uns que les autres venus voir de nombreux artistes américains, ça n'a absolument pas l'air d'une cible idéale pour djihadistes. Du tout.

Mais ce qui m'a le plus chagriné est ailleurs. Tout semblait fake : des concerts sans âme pour la plupart, où des artistes trop américains (comprenne qui pourra, ou voudra) enchaînent les tubes pour un public trop composé de moutons gonflés aux réseaux sociaux qui n'attend qu'une chose : dégainer son smart phone pour avoir le plus de likes possible sur Insta. Paroxysme du spectacle désolant des influenceurs non mélomanes : le nuage de portables parsemé de petites putes juchées sur épaules aux premières notes de Wonderwall, pourtant entamées à reculons par un Liam Gallagher plus énervé que jamais. Cauchemar réitéré avec le Where Is My Mind final du concert chiant à mourir des Pixies. Heureusement, la Mylène Farmer américaine, ce soir-là déguisée en Amy Winhouse, nous a offert un gros lot de consolation. On dit merci qui ? Merci la rareté de princesse Lara, sans laquelle cette dernière aurait perdu en chaleur humaine. Sans compter la sublime mise en scène.


video



Et Dieu sait si la couleur (oh ça de la couleur, y en avait pardi !) était pourtant annoncée dès l'entrée sur le site avec cette reproduction de la Tour Eiffel pour bien enfoncer le clou "Hey! We are in Paris!" en carton-pâte prêt-à-instagramer...

En conclusion, je devrais songer à ma Haute-Marne d'origine pour l'été prochain. Festival organisé par une association locale, un lac, de jolies têtes d'affiche. Bref. La vie est ici.




jeudi 23 mars 2017

Contemporain

Tout attendre de l'amitié quand les autres
Étalent leur ego sur les réseaux sociaux.
Recherches effrénées de l'amour et du faux
Perdues dans une vie qui n'est pas la votre.

Ô toi qui a persuadé le monde stalkant
De n'être que succès et autres voluptés,
Sache que depuis ton immense vacuité
Tu n'atteindras que tes semblables en mentant.

Mais ne crains rien, mon petit canidé froussard !
Le monde n'avance que dans ta direction :
Les Hommes se regardent en vulgaires pions
À placer pour remporter l'échec du vantard.

Comédie des-humaine et vertu-elle
Sur l'autel païen de la mégalomanie
Les dignités en masse se sacrifient
Pour des contradictions individuelles.

Car Grand F ne produit de pire mensonge
Que celui chaque jour conté à soi-même.
"Je ne supporte pas les gens qui trop s'aiment"
Dit-elle, pénétrant les vies à rallonge.

Je ne serai ton amie dans le livre bleu.
Moi, femme de sentiments anachroniques,
Demeure seule dans ma vie acétique,
Plongée dans l'instant sans penser à d'autres yeux










dimanche 22 janvier 2017

2016: it's complicated

George Michael est mort un 25 décembre, alors à défaut de croire en Dieu,


j'ai bien compris que je le Diable existait, et on peut dire qu'il a de l'humour ce con. Après avoir fait sortir un vieux sex-symbol helléniste auteur du tube le plus insupportable de Noel du comma un 25 décembre 2011, il le ré-éteint quelques années plus tard le même jour. Sacré toi.

L'attentat de Berlin, le massacre au Nord-Kivu dans ce pays maudit des dieux ou des responsables corrompus (merci à mes trois dans la coopération au développement, dont 80% furent dédiés à des réjouissances congolaises) et pour finir cette blague au goût douteux.

Alors que je ne pressentais rien de bon pour le monde de 2017 en cette fin 2016, les premières semaines de janvier m'ont donné raison sur le plan personnel. J'ai eu beau coucher sur mon cahier d'étudiante mes traditionnelles résolutions lors de mon vol de retour, les faits ne font que contredire mes écrits. Preuve ultime que nous acharner à vouloir tout contrôler finit toujours en crescendo de notre déception à la vue des éléments qui se déchaînent face à nous. Faire des choix pour avancer, comme cesser tout contact avec des amis qui n'en étaient pas et quitter un travail ennuyeux à souhait pour se mettre à son compte. Puis réaliser que notre quête d'absolu et de déni des contraintes de la vie ne nous enferment qu'un peu plus dans ce que l'Homme déteste et craint par-dessus tout : la solitude. Démissionner pour la liberté (l'insécurité), le gain de temps grâce à l'évacuation du problème causé par le lieu de travail (passer toute sa journée en pyjama et s'auto-déconcentrer grâce aux sources de distraction infinies disponibles chez-soi), ne plus être fatiguée par une longue journée et rencontrer plus de gens (qui eux sont fatigués par leur longue journée et ne sortent pas), les loisirs (dont les voyages qui s'envolent, eux, pas nous, par manque d'argent), se concentrer sur une recherche d'emploi en France (soit une annonce intéressante tous les tremblements), profiter d'adorables sacrés de Birmanie (qui s'en branlent puisqu'elles pioncent toute la journée et dont l'une a même l'insolence de ronfler comme une vieille bécane). Pour faire court : chapeau l'artiste !


Vouloir faire ce qui nous plaît et s'entourer des bonnes personnes a un prix : l'incertitude financière et la solitude, sans compter le célibat. Les femmes heureuses en amour et au travail sont des femmes naturellement aptes à faire de concessions tout en étant respectées. Les éternelles célibataires sont celles qui ne pourront se satisfaire de la médiocrité inhérente au couple. Inutile de dire que j'en fait partie et que je le paye très cher.

L'exigence n'a pas de prix puisqu'un prix est une limite. Or le principe même de l'exigence est de ne pas en avoir : elle va certes être temporairement comblée, mais les décisions qu'elle engendre sont toujours synonymes de lourd tribut.
J'ai voulu rester en Allemagne après mes études car la qualité de la vie ainsi que le monde du travail y sont meilleurs, je le paye de solitude et de célibat. J'ai considéré mes amis comme des traîtres, alors je suis seule à Hambourg malgré les connaissances sympathiques que j'ai pu rencontrer depuis. Et encore une fois, j'ai quitté mon travail aussi sûr que chiant pour me consacrer à mon métier de traductrice et me retrouve projetée dans la galère d'un secteur ultra-féminisé et donc ultra-précaire. Non pas que je l'ignorais, mais j'avais tout de même fait des estimations de mon chiffre d'affaires nettement supérieures.


Malgré tout, je suis en mode Edith Piaf (tiens, une autre femme en quête d'absolu...tu m'étonnes qu'elle ait écrit une chanson pareille) et ne regrette rien.

Le monde est cruel, les gens nous plantent des couteaux dans le dos dès qu'ils le peuvent, mais...
Des trahisons l'art te sauvera
Des échecs l'art te sauvera
De la solitude l'art (et surtout une bonne soirée indé-rock) te sauvera



Du blues de la trentaine le blues te sauvera

Keep faith


mardi 10 janvier 2017

Molkette un jour...

Mon groupe préféré. Le premier groupe de rock que j’ai écouté et le seul qui n’a jamais vraiment quitté mes écouteurs. Tout avait commencé l’année de mes 15 ans, vous savez ce prétendu âge bête où les hormones se déchaînent ? Un samedi soir comme les autres à regarder Tout le monde en parle pendant que mes parents dorment au-dessus, captivée par les confrontations chocs, les interviews formatées d’Ardisson, morte de rire devant les obscénités bienveillantes de Baffie et fâchée de ma nullité au mythique blind-test. Bref, la meilleure émission de l’histoire de la télévision à mes yeux. Toutes ces années de grand-messe du samedi soir pendant laquelle Marylin Manson au sommet de sa notoriété pouvait se retrouver en face de Maître Capello.



Alors ce soir-là l’homme en noir avait croisé une fois de plus deux mondes parallèles en installant l’androgyne le plus canon de l’histoire du rock en face de...Sacha Distel. Je serais incapable de dire ce que j’écoutais comme musique jusqu’à cette soirée, mais certainement pas du rock. Je suis tombée amoureuse de ce type, comme n’importe quelle gamine de 15 ans devant un mec qui ne saura jamais qu’elle existe, comme ces petites gothiques du public au bord de l’évanouissement,



ou encore comme les Françaises qui se sont mises à prendre allemand au collège quelques années plus tard pour comprendre les paroles de Tokio Hotel. Loin de moi l’idée de faire la moindre comparaison d’ordre musical, mais les émotions sont identiques : ces hormones qui s’affolent, l’intensité des sentiments décuplée, ces passions, ces obsessions, ces « mind-crush » exacerbés pour des stars inaccessibles. Je ne pense pas que la plupart des trentenaires fantasme sur un acteur sexy. Les femmes doivent fondre 5 minutes devant les abdos de Ryan Gosling, le sex-symbol de notre génération, pour ensuite rapidement passer à autre chose.

Pendant mes années lycée, j’étais obsédée par Brian Molko, sa voix extraordinaire, son maquillage, ses blagues en interview, son rire, son français à tomber, sa jeunesse à deux pas de ma ville, son anglais parfaitement intelligible pour tout individu avec une maîtrise basique de la langue de Shakespeare, ses provocations, et puis surtout : sa musique. Ce soir-là j’avais tout à coup mis un visage d’ange sur The Bitter End qui passait en boucle à la radio. Je me rappelle avoir brièvement évoqué mon coup de foudre à ma sœur qui m’a répondu que son mec aimait beaucoup Placebo. Une fois Sleeping With Ghosts gravé par mon beau-frère et écouté en boucle,  une fois les trois précédents albums achetés à la FNAC de Metz avec mon maigre argent de poche et une fois les paroles énigmatiques apprises par cœur puis traduites à défaut d’avoir pu être déchiffrées, mon anglais est passé (en toute modestie) de très bon à excellent, et surtout le rock n’a plus jamais vraiment quitté ma vie. Je me suis mise à lire la presse musicale, à écouter ce qui se faisait de mieux à l’époque (Paradize d’Indochine, The Libertines, The Kills, etc.), à découvrir ce qui se faisait de mieux à une autre époque (les Clash quand tu nous tiens) et à être obsédée par d’autres rock stars attirantes, comme Nicola Sirkis, Paul Simonon jeune, et Carl Barât, un peu. Mon rêve était moi-même d’être une rock-star, mais heureusement je ne l’ai jamais réalisé : trop timide et trop feignante pour apprendre la guitare.

Puis j’ai grandi et Brian Molko s’est clairement enlaidi (ça pourrait être un début de chanson ça...), même s’il se retrouve toujours en face de vieux chanteurs français aussi ringards que sympathiques.



Enfin majeure et plus intéressée par les mecs de mon entourage que par des images renvoyées à travers un écran, j’ai finalement vu Placebo au Galaxie en 2006 pour sa tournée Meds.
Je remercie mes parents de m’avoir interdit toute sortie pendant les années de ma minorité car je ne me serais sans doute jamais remise d’un concert de mon idole en 2004. Dieu soit loué en 2006 je n’étais plus pucelle, j’étais passée à autre chose (année des Strokes et des Arctic Monkeys), et surtout devenue bien moins fan sous le choc de morceaux aussi insipides que Song to say Goodbye et Infra-Red. Mais  bizarrement, et là est toute la magie de Placebo en live, ils ont réussi à me les faire redécouvrir et aimer à cet instant très précis, dans la fosse du Galaxie (tiens, un autre début de chanson...). Excellent concert, le premier de ma vie même, au court duquel le Sieur Brian nous a rappelé sa fierté pour ses origines écossaises.



...Molkette à Hambourg...


Chose qu’il s'est contenté de réitérer à l'oral 10 ans plus tard en ce soir d’Halloween dans ma charmante cité hanséatique, évoquant brièvement et sur le ton de l’humour le Brexit et le débat sur l’indépendance de l’Écosse. Un concert mémorable, un duo étrangement communicatif et sympa, un Brian sexy à son âge avancé avec son délicieux allemand et sa coupe Jeanne d’Arc revival 2003 (tiens, comme de par hasard). Bref, une soirée sur un nuage de nostalgie. La tournée anniversaire A place for us to dream porte bien son nom car c’est dans un endroit qui n’est que foule et musique que l’on rêve. Deux petites semaines après un autre rêve qui a bien nachgewirkt dans mon quotidien morose, j’ai été une fois de plus hors du temps présent et replongée dans mes années Molkette à coups de nombreuses chansons issues du premier album, à coups d’entrée sur leur morceau le plus emblématique Pure Morning, à coups de restes sympathiques de la belle époque d’un Brian subversif,



et surtout à coups d’immenses surprises, dont cette pépite du premier album qu’ils n'avaient pas jouée depuis une éternité,


Comme en 2006, Placebo a réussi à me faire aimer des daubes radiophoniques comme Too many friends et For what it’s worth. Comme quoi, l’ambiance concert et surtout le talent de bons musiciens font des miracles ! Celui d’insuffler, en quelques chansons seulement, dans le corps d’une trentenaire désabusée l’esprit de l’adolescente qu’elle était, mais un esprit épuré de tout le mal-être propre à cet âge si violent, un esprit qui n’était que douce nostalgie de sa jeunesse et de cette passion pour un groupe de rock.

La boucle s’est bouclée pendant les fêtes : ma nièce adorée retrouve soudainement le billet du concert de 2006 chez les parents de son papa, puis j'apprends qu’Hervé Villard boit un coup à quelques pas de moi dans le bistrot où j’ai fait mon 31. Trop de hasard tue le hasard et interroge sur la possibilité d'un destin, voire d'une entité éternelle qui orchestrerait ce genre de coïncidences feintes.

Je n’ai pas la réponse, mais une certitude : la violence de la presse allemande au lendemain du concert deHambourg m’a encore fait comprendre à quel point ce pays de bourrins était aux antipodes du mien et de la sensibilité des Français. Ici, on n’aime pas le « rock mélancolique », par contre les Teutons se déchaînent volontiers à un concert de Royal Blood. Les sentiments exacerbés, c’est ridicule. La romance et le flirt, c’est ridicule. Et le Sturm und Drang est mort une deuxième fois. La mauvaise foi d'un journaliste du Welt qui semble avoir  vu un autre concert (peu d'interaction avec le public ? Rires de politesse dans l'assistance ?), elle, est bien vivante.
Dichotomie confirmée par la presse française dithyrambique.
Entendons-nous bien : la presse n’est pas le peuple et cette immense salle était – proportionnellement – aussi pleine que Bercy. Toutefois, l’amour du public français pour Placebo est, selon les dires du groupe, assez exceptionnel et reflète par une sorte d’effet miroir l’influence qu’ont eu la culture et la littérature française sur un jeune Brian Luxem-bourgeois.

Une chose est sûre : j'ai profité qu'un petit vampire se soit retourné sur ses 20 ans de carrière pour regarder mes 15 ans, le laissant aspirer mes angoisses et me ré-insufler dans les veines l'idée que la musique reste l'un des éléments les plus vitaux à l'être humain. Un vampire pas comme les autres.



...Molkette toujours.





vendredi 9 décembre 2016

It can never be the same

Il est question d’un moment de grâce similaire à celui-ci dans le sens où le temps se suspend, le quotidien n’a jamais existé et la pensée de la journée de travail du lendemain traverse votre esprit à la manière d’une étoile filante. L’évanescence (non pas le groupe-arnaque des années 2000) de l’astre n’a d’égal que son caractère irréel, tout comme l’idée même que cette soirée puisse avoir une suite, des transports en commun à attendre, une nuit de sommeil qui s’achève par un réveil difficile une poignée d’heures plus tard. A-t-on vraiment vu cette étoile filer dans le ciel ? A-t-on vraiment senti filer cette pensée dans notre esprit alors que dans cette Barclay blablabla O2-Arena tout est Just Like Heaven ?
Voilà, le titre est lâché alors redescendons deux minutes pour parler concret : la setlist. Et bien aucune surprise, les tubes s’enchaînent pendant ces trois petites heures d’un show trop court. Et c’est tant mieux ! Je n’ai pas une seule seconde espéré entendre ce soir-là les sublimes morceaux du chef d’œuvre Pornography, et a fortiori mon préféré : A Strange Day. Non. Ce soir-là l’immense, tant par le gras que la légende, Bob et l’ancien beau-gosse Gallup, si ridicule dans son accoutrement de vieux rockeur qu’il en devint attendrissant, jouent principalement les chansons de leurs trois albums les mieux vendus : The Head on The Door, l’incoutournable Kiss me, Kiss me, me Kiss me et biensûr Disintegration. Mais deux interprétations du jeune The Cure ont retenu mon attention.
Shake Dog Shake avec les ombres agitées des membres du groupe sur écran géant. Excellentes lumières et projections tout au long du show soit-dit en passant, et un rôle non négligeable joué dans l’ambiance onirique qui a porté pendant trois heures cette immense salle remplie.




Et surtout, oh surtout, mon Dieu ! A forest. Je crois que pendant ces dix minutes de fusion indescriptible entre les deux piliers du groupe nous ont tous scotchés dans la salle. Incroyable, ahurissant, sublime, planant : si je me souviens bien, ma bouche était restée ouverte de stupéfaction pendant quelques instants et j’ai bien failli chialer tellement c’était bon. D’ailleurs tous les commentaires laissés sur cette vidéo par quelques autres spectateurs confirment que c’était indéniablement le clou de la soirée.




En vrac :
Pictures of you m’a ravie, réel plaisir d’entendre Charlotte Sometimes que je n’avais pas écouté depuis des lustres, Just Like Heaven ne décrivait non pas le sentiment amoureux, mais clairement ce que je ressentais pendant l'ensemble de la soirée. C’est justement la définition d’un bon concert : une communion si parfaite entre des musiciens généreux et leur public que ce dernier vit pleinement l’instant présent. Une chose si rare à notre époque de course permanente après le temps.
Le troisième rappel était excellent : le fameux The Lovecats jazzy m’a fait kiffer pour des raisons évidentes, Friday I’m in Love m’a fait sourire de mignonnerie, et la fin explosive dans le plus popy que jamais Why Can’t I be You a pérennisé les étoiles que ce concert m’a mis dans les yeux.

Mention spéciale à :
Jason Cooper qui, comme beaucoup de batteurs, nous fait regretter qu’un si grand sex-appeal puisse être caché derrière un si grand instrument. Lui n’a pas morflé.
Un public de quadras ému devant le groupe de sa jeunesse et qui a eu, contre toute attente, le bon goût de ne pas se déguiser en Robert Smith. Donc nostalgie, mais avec parcimonie.
Robert Smith donc, son flegme britannique, la voix la plus reconnaissable de l’histoire de la musique pop, voix aussi intacte que son look. En effet, cette « Liz Taylor pochetronnée » (3'47) pour certains




ou « la meilleure grand-mère » pour une presse allemande dithyrambique suite au concert du lendemain dans la capitale approche de la soixantaine. Néanmoins, offrir trois heures de sublime à Hambourg le lundi et trois heures trente de, d’après les fans qui ont assisté aux deux, moins sublime à Berlin le mardi c’est ne pas avoir d’âge. Ne pas être le leader d’un groupe phare des années 80, mais juste une légende.



Merci Liz.