samedi 13 août 2016

De la tristesse de quitter Barcelone

On peut tomber amoureux d'une personne en un coup de foudre et d'une ville en quelques jours seulement. Comme ça, sans parler la langue, sans avoir parcouru ses multiples recoins et se l'être appropriée dans un quotidien à l’instar du jeune Erasmus français caricatural et attachant de L'Auberge espagnole [« Quand on arrive dans une ville, on voit des rues en perspective, des suites de bâtiments vides de sens. Tout est inconnu, vierge. Voilà, plus tard on aura habité cette ville, on aura marché dans ses rues, on aura été au bout des perspectives, on aura connu ses bâtiments, on y aura vécu des histoires avec des gens. Quand on aura vécu dans cette ville, cette rue on l'aura pris dix, vingt, mille fois. Au bout d'un moment, tout ça vous appartient parce qu'on y a vécu »]. 


Le destin avait pourtant tout organisé, contrairement à moi, pour que je maudisse ce séjour. Tout d’abord un vol aller bêtement raté et 190€ déboursés pour en prendre un autre, suivi d’un irrépressible assoupissement dans le train censé me mener à Passeig de Gracia et qui m'a valu un détour jusqu'au terminus Granollers Centre, soldé d’une dispute sur Whatsapp avec une connaissance gay car j'avais le malheur d'être trop exténuée pour faire la fête toute la nuit avec lui et last but not least, un méchant coup de soleil dès le premier jour me valant une allergie jusqu’alors inédite à la boule de feu : un magnifique œdème au front. Ce paysage si gris, voire triste, entre Sant Pol de Mar et Calella valait-il vraiment la peine de favoriser un prochain cancer sur mon horrible peau pourrie de blonde nord-européenne ?


Je vous laisse juger, mais revenons-en à nos considérations urbaines de départ : je suis tombée amoureuse de Barcelone dès le lundi, jour le plus chaud qui a suivi un dimanche dédié à la plage et à la baignade sur fond de drapeau jaune. Chaleur étouffante, tourisme de masse,


  
pas lents et laborieux jalonnés de la recherche entêtante d’une place assise à l’ombre, d’espace et de courant d’air dans les stations-sauna du parfait métro barcelonais...Que nenni : rien de tout cela n’a gâché mon plaisir. On ne peut passer dix mois par an à se plaindre du temps désastreux de Hambourg et laisser la moindre pensée négative à l’égard de la chaleur estivale catalane effleurer son esprit. Je n’ai pas seulement admiré la beauté de la ville du haut du parc Güell,


car Barcelone c’est bien autre chose encore. Le voyageur est certes dans un premier temps frappé par des qualités purement esthétiques, des ruelles et immeubles tous plus photogéniques les uns que les autres à ne plus savoir où donner des yeux, mais le charme opère aussi grâce au bouillonnement urbain qu’on ne retrouve pas à Madrid par exemple.


Cette jeunesse si vivante et fêtarde qui m’a fait penser à la folie d’un Berlin ­+ la beauté + le climat + le port


+ la plage


+ le catholicisme


Car soyons lucides : si le triptyque ouest européen méditerranéen nous régale de ses églises, c’est bien parce qu’il a la chance de ne pas avoir subi la Réforme et les mornes édifices religieux qu’elle induit.

+ le modernisme catalan de Monsieur G. comme Génie.


Ex aequo sur la saleté, car même amoureuse, il me faut bien voir les défauts de l’être aimé. Sans compter ce suppositoire géant devenu l’un des emblèmes de Barcelone sur la seule base du nom de son architecte...Heureusement que l’amour rend aveugle et que j’ai vite effacé cette pièce d’architecture Nouvel de mon esprit malgré tout enamouré.


Heureusement aussi que mes papilles françaises si sensibles se sont faites discrètes au contact de ce « foie gras » au goût de plastique servi dans un petit restau sans prétention (il manquerait plus que ça !) à proximité de Sants Estaciò.


Sans doute mon autre sens qu’est la vue ne leur a-t-il pas laissé l’occasion d’instaurer une légère note négative dans une petite tête chargée d’étoiles suite à la découverte fortuite du sublime Parc de l’Espanya industrial en ce dernier soir déjà teinté de nostalgie.


Le retour à la réalité hanséatique jeudi matin a été aussi triste que l’atterrissage mouvementé, au milieu des trous d’airs de l’épaisse couche de nuages qui recouvrait ma ville, alors que le commandant de bord avait maladroitement annoncé la couleur avant la descente à l'aide d'un « the weather in Hamburg is... [quelques secondes de rires des autres passagers plus tard] okay. »

Voilà, Hambourg is...okay.



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