dimanche 30 octobre 2016

J’ai fait le Vietnam



La nuit tombe dans l'atmosphère pesante autour du lac de Thac Ba

Il fût un temps pas si éloigné où ces mots ne pouvaient être prononcés que par les voix doublées en français des vétérans américains survivants d’un bourbier sans nom et qui en plus s’est mal terminé pour l’Oncle Sam. Dans la culture américaine, donc la nôtre, on en a vu des personnages qui ont « fait le Vietnam », comme Travis Bickle indubitablement ravagé par la guerre ou encore le pote de Forest Gump aux deux jambes coupées.
Aujourd’hui et en dépit du viol collectif que subit la langue française chaque jour sur internet, dans les écoles, les lycées, les universités et les entreprises, il est tout de même légitime de dénoncer cet abus de langage volontiers utilisé par les « baroudeurs », les  retraités qui enchaînent les voyages, les petits cou-couples bien agaçants qui partent en amoureux (parenthèse : voici mot pour mot ce que je pense de ces deux êtres qui ont presque toujours renoncé à leur individualité),

https://www.youtube.com/watch?v=UkbsTmLPaWU

les jeunes diplômés en plein tour du monde car encore trop immatures pour se lancer dans le marché du travail et les jeunes cadres aux velléités plus sabbatiques que dynamiques. Non, mes chers : vous n’avez pas fait le Vietnam. Pas plus que vous n’avez fait l’Italie, l’Islande, les Etats-Unis ou encore le Chili. Contentez-vous de dire que vous l’avez visité ou tout simplement que vous y êtes allés. C’est déjà pas mal, non ? Vous n’avez rien fait du tout. À la rigueur Hô Chi Minh a fait le Vietnam. Vous n’êtes pas Hô Chi Minh.



Garibaldi a fait l’Italie, à la rigueur. Vous n’êtes pas Garibaldi. Vous êtes des touristes qui consomment des destinations comme des Kleenex et veulent juste les ajouter à votre liste, dire à votre entourage : « Oh on a déjà fait les Etats-Unis », épingler un pays sur votre carte du monde et voir tout plein d’épingles pour vous gargariser d’avoir FAIT plein de trucs. Bref, vous l’avez compris, et comme je dis régulièrement à ces irrésistibles emmerdeuses :




vous m’enquiquinez.

Je suis une ancienne khâgneuse et garde donc toujours en tête que les mots ont un sens. C’est pourquoi dire qu’on a « fait un pays » est très, mais alors très gênant et révèle ce que vous êtes : un touriste occidental de base qui dans le fond (soyez honnête) veut accomplir des choses pour sa propre fierté et non s’intéresser au pays qu’il visite, et ce même s’il prétend le contraire. Si votre démarche était autre, son expression serait elle aussi autre. Les mots ont un sens et par cet abus de langage c’est votre véritable motivation à voyager qui s’exprime. Les seuls à mes yeux qui peuvent s’autoriser à employer cette expression sont les vrais voyageurs, qui eux font des choses. Sylvain Tesson ne serait pas ridicule s’il déclarait avoir fait la Sibérie car en plus d'engendrer une souffrance physique en plus du questionnement intellectuel, ses voyages constituent une quête (on peut le dire) existentielle et la base d’une production littéraire. Ce mec écrit bien, donc il a tous les droits. Et puis il y a aussi des tarés (oui, encore plus que Sylvain Tesson), comme Mike Horn. Lui il en a fait des pays.

Ceci étant dit mon deuxième coup de gueule sera envers moi-même. Pourquoi faut-il que je tombe amoureuse de toutes les destinations que je visite ? Pourquoi faut-il que je me dise "ce voyage était vraiment le meilleur que j'ai jamais fait. J'y retournerai bientôt." ? Soit le dernier voyage chasse l'avant-dernier de ma mémoire, soit mes expériences s'améliorent effectivement. J'en doute. Mon dernier article à ce sujet racontait mon bref passage à Barcelone et je pensais que mes mots allaient être uniques. Et bien non. Car je pourrais en utiliser les premières lignes pour décrire les sentiments éprouvés pendant (et surtout après) ce sublime voyage. À cela s’ajoute bien évidemment l’exotisme, mon premier voyage en Asie, la chaleur étouffante, la meilleure gastronomie que je n’ai jamais goûtée et le spectre de Catherine Deneuve, Jean Yanne, Nicolas Sirkis et même des Bérus dans les sites et éléments culturels les plus emblématiques du Vietnam. Cette dernière cause d'émerveillement apparaît comme une sorte de romantisme, une nostalgie, plus proche du mot allemand Sehnsucht que du véritable regret bien sûr, vis-à-vis d'une époque coloniale que les Français n'ont pourtant pas connue et qui viendrait s'ajouter aux charmes intrinsèques de celle que nos ancêtres avaient baptisée :


 Alors trêve de jérémiades, place aux photos. Elles montrent toute la beauté du Tonkin (et l’avantage de posséder un Samsung Galaxy S6).


La circulation à Hanoï




Les rues du vieux quartier piétonnées et musiciennées le weekend




Le lac Hoan Kiem





Vu dans cette rue : d'un côté un coq dans une maison qui gueule et de l'autre côté de la voie ferrée un chat qui lui répond. Le tout sans que chacun sans voit l'autre et avec la pa-patte attachée



Le délice avec entre autres des sauterelles grillées (et bien c'est super bon, pardi !)




Rizière irriguée près de Nghia Lo





Vallée autour du village de Tu Lê - Ma meilleure photo



Sur la "route des photographes" vers Mu Cang Chai




Maison sur pilotis de l'ethnie des Thai blancs





La présence française dans la langue



Vallée de Muong Hoa près de Sapa




Mont Ham Rong vers le village de Sin Cheng




La Chine, de l'autre côté de la rivière Chay, depuis la moderne Lao Cai




Vente impressionnante de buffles sur le marché de Can Cau




Tête de buffle sur le marché de Bac Ha




Un Döner à Bac Ha (j'en ai également aperçu à Hanoï !)





Le viagra vietnamien sur le marché de Bac Ha






Hmong bleu et vert (enfin je crois) qui vendent de l'alcool de riz sur le marché de Bac Ha. Souffler dans le bidon permet de remuer l'alcool et ainsi de laisser échapper une odeur plus forte pour attirer le chaland. 




Pipe à eau et tabac sur le marché de Bac Ha (et partout au Vietnam)




Au Vietnam, on transporte tout (TOUT) sur une mobylette




Cochon transporté de maison en maison pour qu'il se reproduise avec les truies




Mon moment préféré : ballade seuls au monde en barque à moteur sur le sublime lac de Thac Ba avec ses nombreux îlots



"Délirant à bord du sampan": réserve naturelle de Van Long surnommée la Baie d'Halong terrestre




Depuis une grotte où, plus loin, il fallait presque se coucher sur le sampan pour passer




Retour dispensable à la réalité offert par la BBC




Boulettes de porcs, tofu et oubli du nom du truc vert + délicieuse sauce de poisson




Cathédrale de Phat Diem : catholique donc, mais avec l'architecture de la pagode




Bouddha au milieu (à peine visible) : pagode du village de Non Khe




Déesse de la Miséricorde devant le temple et la pagode de Non Khe





Le dîner chez l'habitant ou la tuerie (littéralement) avec entre autres des crevettes tendres typiques du delta du fleuve rouge, chouchous, morceaux de porc marinés pendant 2 heures au caramel (putain...passe à la photo suivante Ed...Tu te fais du mal ! Ed ? Reste pas bloquée !)




L'eau couleur émeraude sur l’irréelle Baie d'Halong




Cigales de mer fraîchement pêchées (et très bonnes)





Coucher de soleil sur la Baie d'Halong




Idée pour Noel au lieu de toujours les accompagner de citron


Voilà. Et pour ne rien gâcher : les Vietnamiens sont adorables, sympas, souriants, trop cools (considèrent quand même un peu beaucoup les Occidentaux comme des dollars vivants) malgré la barrière de la langue. Oui bon j'exclus "cul-sec" et "santé" que tous les hommes maîtrisent sans accent. L'alcool, une valeur aussi sûre qu'universelle *cœur*

1 commentaire:

  1. Très beau reportage de votre voyage
    Je suis en discussion avec vous dur twitter
    Merci

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