lundi 26 mars 2018

Belle âme, tragique trame












Belle âme, tragique trame
Arnaud héros national
Selon sa mère né pour défendre sa patrie
Selon sa patrie mort pour avoir délivré du mal
Catholique tardif, le moderne Jésus Christ

Belle âme, tragique trame
Redonne peut-être foi en l’humanité
Sacrifiée, égorgée comme le cou du colonel
Elle ne peut mettre de côté
Tous ces monstres de l’islam devant l’éternel

Belle âme, tragique trame
On les connaît, on les fiche, on les écoute
Et l’histoire sans fin recommence
Arrive ce que tous redoutent
Un nouveau massacre, une évitable violence.


Hypnotisés par nos écrans, émus aux larmes
Devant le sauveur et ses yeux bleus
Une pensée pour la marche contre les armes
Une nation qui sur ses écoles ouvre le feu

L’argent est roi, les vies ne sont rien
Ça jure sur la Bible, ça cause morale
Mais pendant les discours du mal et du bien
Crèvent les jeunes du premier gendarme mondial

mardi 20 mars 2018

Sortez-moi le bon vieux féminisme du garage !

Dream Wife



Par cet hiver, ce gel, cette déprime, cette morosité interminables, rien de tel pour réchauffer ses nerfs endoloris que l’incandescence d’un groupe de garage-rock féminin comme on n’en fait plus. Trois jeunes londoniennes enragées : deux sympathiques butchers qui balancent des riffs puissants et irrésistibles accompagnés de paroles féministes vociférées par une fausse lolita blonde. 
 

Bref, un petit - minuscule - air des Slits dirais-je timidement, bien incapable de citer un autre groupe féminin similaire.


Ce « girl power » band, c’est comme un truc « à l’ancienne », ça vous ramène à la fin des années 70, vous avez l’impression de connaître, mais non. C’est nouveau et impossible de trouver un équivalent passé, malgré des clins d’œil à certaines chanteuses marquantes (ex : un « one way or another I'm gonna get ya, I'll get ya get ya get ya get ya get ya » au milieu d'une chanson et le « I tell you what I want, what I really really want » du titre FUU).
Six petites semaines après la sortie de leur premier album, les punkettes nous ont fait l’honneur de passer par l’une des villes les plus rock que je connaisse, qui plus est dans mon club préféré.


Concert du 14.03.2018 au Molotow, Hambourg

Si j’ai du mal à trouver à Dream Wife une ressemblance avec un groupe en particulier – leur son me rappelant tout au plus les Stooges (ici la formidable intro de FUU)

 
et la Patti Smith de Horses -, il en va autrement de la première partie ce soir-là. Avec wearemarvin, c’est comme si The Strokes avaient fait des cochonneries pendant quelques dates de tournée en Allemagne et que leurs fils sortaient tout à coup de l’ombre. Pour l’enfant du merveilleux revival rock des années 2000 que je suis, cette mise en bouche pré-Dream Wife a été un véritable plaisir. Moi qui n’aime pourtant pas les premières parties et arrive toujours en retard pour les louper, je ne regrette pas l’exception faite.


Pendant l’entracte, nous sommes allés fumer des clopes et surtout nous rafraîchir dans note chère cour du Molotow. Il faisait chaud dans cette salle. Tellement chaud. Comme dans tous les clubs de Hambourg, quel que soit le temps à l’extérieur. Je me rappelle les cris des petits Lemon Twigs obligés de se mettre torse-nu pendant de leur concert à l’Indra-Club en avril 2017 : « And before we all die from heat ».
Alors pour finir d’enflammer tout ça, le truculent trio débarque avec Hey Hearbreaker aux riffs entêtant. Ce morceau étant de loin le meilleur de l’album, autant dire qu’on nous a mis dans l’ambiance sans ménagement. 

 
Les chansons s’enchaînent, le public bouge bien et ça sautille sans arrêt sur la scène. Le groupe est en nage et déclare même avoir plus chaud qu'à Sidney où il a joué la semaine passée.
Trop plein d’énergie, de jeunesse qui exulte, quel pied ! Les slogans féministes fusent au milieu des paroles sans équivoque, comme dans cet hymne au respect de la femme où "I am not my body, I am somebody" fustige l'objectivisation de celle-ci.


Puis arrive en milieu de concert le « moment préféré » pour la chanteuse : celui où elle exhorte toutes les « bad bitches » de la salle à venir aux premiers rangs, et demande ainsi pendant trois plombes - puisqu’ils n’ont pas l’habitude de laisser leur place – aux mecs de « get the fuck away ». Sur fond de solidarité féminine si chère à leurs yeux, elles clament ainsi leur fierté d'être des « bad bitches » pendant la très explicite FUU. Ironie du sort : mis à part quelques rares couples lesbiens et filles "normales" dans mon genre, l'immense majorité du public est composé d'hommes. N'oublions pas que le rock - et à plus forte raison le punk - est un genre masculin très viril ; d'où le regrettable manque de filles au sein des groupes.


L’ensemble n’aura pas duré plus d’une heure, même si je n’ai bien évidemment rien chronométré. Le meilleur sauna du monde s’est terminé trop vite car il ne faut pas oublier que les demoiselles n’ont sorti qu’un album. Alors dans une apothéose de féminisme véhément - et ouvertement anti-mecs, vous l'aurez compris -, les amazones punk ont invité une poignée de gonzesses des premiers rangs à monter sur scène pour danser sur les dernières saillies punk.

Mon Dieu que c’était bon ! Le genre de concert qui vous revigore pendant les jours qui suivent. L’hiver peut continuer de nous les briser, rock and roll is not dead.

mercredi 14 mars 2018

Pense à elle


















Pense à ce regain tout l’hiver,
Lui qui te semble sans fin.
Pense au vert,
À la nature telle un couffin.
Elle reviendra pour t’y bercer :
Et au bout du tunnel obscur et froid
Une lumière commencera à percer
Et la vie se dorera si le soleil se fait roi.

Souviens-toi de la première journée de printemps.
Le nouveau soleil réchauffe les cœurs,
Adieu celui qui glaçait les corps combattant,
Lui, console de l’hiver en douceur.

Souviens-toi de la première journée de printemps.
Les sourires envahissent les rues,
Éclairent des visages encore blancs,
Les gaietés sont revenues.

Souviens-toi de la première journée de printemps.
Les hommes perdent leurs feuilles,
Les arbres retrouvent leurs vêtements,
Les uns au chant des cigales, les autres à la course des écureuils.

Souviens-toi de la première journée de printemps.
Tu crois tomber amoureux d’une femme,
Mais l’aurais-tu seulement remarquée l’hiver durant,
Quand la saison triste endolorissait tous les charmes ?

Souviens-toi de la première journée de printemps.
Elle clôt la saison morbide,
Son astre brille tendrement
Avant que sa chaleur ne se fasse torride.

Souviens-toi de la première journée de printemps.
La passion estivale se laisse à peine entrevoir
Rien ne t’écrase en cet instant,
Alors souviens-toi de cette légèreté de l’espoir.

samedi 10 mars 2018

Si aujourd’hui j’ai envie de te parler de Paris



Si aujourd’hui j’ai envie de te parler de Paris,
Rapproche-toi et ne me regarde surtout pas.
La Province la considère avec méfiance et envie
Car au rythme de ses fourmis qui marchent au pas
Bat une ville et ses alentours, pouls de tout un pays.
Les régions ont leur caractère et Paris est un appât
Pour que morde le Provincial qui réussit.
Des illusions perdues le poussent vers le trépas
Et s’il reste, de cynisme son avidité grandit.
Sa tête est grosse, son âme est mince, mais il ne le voit pas.
Il est à Paris et ici, tous les cœurs sont gris.

Si aujourd’hui j’ai envie de te parler de Paris,
Viens près de moi et songe comme j’en suis parti.
On y rentre en pensant que tout est à prendre,
Mais elle vous avale en sachant que tout est à vendre.
L’argent s’infiltre dans les moindres recoins de l’esprit,
Les pieds écrasent en silence la misère dans son cri.
Alors si tu résistes aux inhumains méandres
D’une capitale qui vole l’équilibre sans le rendre,
Quitte-la avant qu’elle ne fasse de toi un citadin aigri !
J’ai quitté Paris car là-bas, les Hommes sont des rats qui jamais ne sourient.



vendredi 23 février 2018

Le mythe teint en blond

Un groupe exceptionnel

Les quadras se sont époumonés sur L’Aventurier, que tout le monde connaît par cœur aujourd’hui. Les trentenaires ont vibré aux grosses guitares et sons électro d’Oli de Sat sur l’excellentissime album Paradize. Et les moins de vingt-ans ne peuvent ne pas connaître les tubes des années 80 ou singles de ces années 2010. Alors rien d’étonnant à ce que les places pour ce monumental 13 Tour d’Indochine se soient vendues comme des petits pains.
Rappelons que le concert de 2014 au Stade de France à l’occasion du Black City Tour a lui aussi affiché complet en un temps record. Depuis le 5 décembre 2017, on ne compte plus que deux artistes français - partant du principe qu'Indochine=Nicola Sirkis - à remplir le Stade de France. La parité est aussi bien respectée que le doux paradoxe qui les rapproche, puisque les deux plus grandes stars françaises se caractérisent par leur timidité, voire leur mystère.

NB : oui, oui, les Insus ont terminé leur tournée de 2017 par un concert au Stade de France, mais il s'agit là d'un groupe bicéphale !

Depuis leur meilleur album
À 15 ans, je passais des après-midi entiers à danser et chanter devant le sublime 3.6.3, grâce auquel j’ai pu découvrir d’immenses chansons de générations précédentes comme Miss Paramount ou Punishment Park.
Mais pour nous, cet Indochine du 3.6.3, c’était un retour en grosses pompes goth avec l’album Paradize, l’album le mieux vendu de l’histoire du groupe. Cet Indochine-là, c’était toute une - courte - époque. Celle où le rock et le look gothique étaient redevenus à la mode dans les années 2000, notamment avec des artistes torturés et provocateurs, comme Placebo et surtout Marilyn Manson auquel Sirkis rend hommage dans une chanson éponyme.
Une croix inoubliable – très proche de celle de l’album 13, un chanteur aux traits adolescents et cheveux couleur corbeau décoiffés avec arrogance et des clips à l’ambiance sombre : tous les ingrédients étaient réunis pour transformer en opus mythique une succession de très bonnes chansons.
Quiconque suit le groupe depuis le début ou s’intéresse un tantinet à son évolution ne peut qu’être d’accord avec ce constat : il y a un avant et un après Paradize. Musicalement, il n’a rien à voir avec l’Indochine des débuts, avec les cloches chinoises et sons de Dominique Nicolas, particulièrement audibles dans le gong d’une chanson comme Le Baiser.
Mais ce compositeur de génie ayant quitté le groupe dès 1994, une telle différence musicale ne saurait expliquer à elle seule le tournant que constitue Paradize. En effet, il reste les années 90 ! Les sons de Wax (Kissing my Song),

et surtout de Dancetaria (Stef II, Astroboy avec une interprétation marquante dans le 3.6.3)




sont déjà très proches de l’album qui suivra. Logique, puisque Oli de Sat a fait les arrangements de Danceteria et composé la quasi-totalité des morceaux de Paradize.

Bon alors, Ed, pourquoi y aurait-il un avant et un après ce dernier si la raison n’est pas musicale ? Et bien tout simplement parce que le succès n’est pas comparable. Certes, Indochine a toujours eu, à la fois objectivement et selon les propos répétés de Nicolas Sirkis, « le meilleur public du monde », mais entre les petit concerts de la tournée Nuits Intimes et le Bercy de ce fameux 3 juin 2003...vous avouerez que cet album a agi comme un sacré bulldozer. Oubliée la ringardisation du groupe par la presse : les chiffres, les records – de vente d’album et de remplissage de Bercy pour un groupe français – forceront tout ce petit monde médiatique à mettre ses moqueries de côté pour s’incliner devant l’« âme » Indochine et l’éternelle jeunesse de son leader charismatique et adoré.
Comme si cela ne suffisait pas, ce dernier veut rendre à son public ce qu’il lui a donné et se bat pour maintenir des places à 30 € ; 40 seulement pour le 13 Tour au dispositif pourtant monstrueux.

Le 13 Tour – show du 17.01.2018 à l’AccorHotels Arena
Pour savoir de quoi on parle, tapons directement dans le factuel. Voici donc la set list du concert :
https://www.setlist.fm/setlist/indochine/2018/accorhotels-arena-paris-france-4bee2b92.html

Les premiers articles sur le concert d’ouverture de la tournée, à Epernay, ont trahi une petite révolution dans l’histoire du groupe. Monsieur Sirkis a décidé, à 58 ans, comme ça sans prévenir personne, de se teindre les cheveux en blond platine. Surprise : ça lui va à ravir. Comme quoi. L’hommage assumé à David Bowie ne s’est pourtant pas limité à une simple couleur de cheveux puisque les chansons du Thin White Duke retentissaient dans l’immense salle parisienne juste avant l’arrivée d’Indochine. Immense ? Oui. Surtout avec la configuration en place – rappelons que la scène est modulable – et lorsqu’on se retrouve tout en haut, à des années lumières de la scène. La position de plongeon dans la foule était vertigineuse et donc plutôt désagréable pour un concert. En arrivant à sa place, on imagine que l’on va s’habituer, mais rien n’y fait : je suis restée légèrement mal à l’aise jusqu’à la fin du concert. L’acoustique et la situation géographique de cette salle ont beau être excellentes, les places en gradin me semblent bien trop « verticalisées » par rapport aux autres enceintes à forte capacité que je connais (ex : BarclayCard Arena de Hambourg, Galaxie d’Amnéville).

Les aspects pratiques ainsi évacués, passons au vif du sujet.
L’introduction intersidérale au concert était matérialisée par l’imitation d’une soucoupe volante au plafond, dont nous n’avons pu profiter compte tenu de notre positionnement, j’insiste, peu avantageux. Or ce petit spectacle son et lumière, sans doute magnifique, n’en finissait pas d’introduire la chanson Black Sky
et l’arrivée – enfin ! – de Son Goku transformé en Super Saiyan. Vêtu d’une sobre petite veste noire à paillettes, le Dorian Gray du rock français était plus élégant et sexy que jamais. Après avoir enchaîné tranquillement quelques titres de 13, dont le tube La vie est belle 
et les deux meilleures chansons du très bon Alice&June, il a fendu la foule et monté les gradins pour un Tes yeux noirs « tout en émotion ».
Vous suivez toujours la set list ? Bien. Alors vous vous imaginez que le public - de tous les âges, de tous les styles et de toute la France – s’est déchaîné au numéro 15 ? Supputation validée, sans surprise.
Même si, petite déception personnelle, l’écrasante majorité des titres était issue de l’album 13 avec seulement deux chansons de Paradize, ces dernières ont été magistralement interprétées. La version acoustique d’Electrastar, première chanson de rappel  marquait ni plus ni moins que le summum de ce concert à mes yeux.
L’indétrônable J’ai demandé à la lune a quant à elle bénéficié d’une très jolie mise en scène avec avancée des deux guitaristes tout au bout de la branche principale de la croix scénique pour rejoindre Nicola. 
Ensuite, deux des plus grand tubes historiques du groupe se sont enchaînés – Trois nuits par semaine et L’aventurier. Le public le plus divers qui soit jubile.
Alors pour conclure, je dirais que ces deux heures et demie ne pouvaient être mauvaises puisqu’il s’agit d’Indochine, le plus grand groupe français. La force de ses chansons, de l’interprétation de certaines d’entre elles par un Nicola en position allongée et la beauté des images diffusées sur écran géant nous ont forcées à passer outre les beaufs du rang juste devant nous, la chute parfaitement horizontale quatre rangées plus loin du beauf en chef – quand je parlais de configuration trop vertigineuse des gradins ! -, leur odeur insupportable de bière et de conséquences aérophagiques intempestives, sans parler de la cigarette du beauf adjoint avant son expulsion définitive par la sécurité. Oui, la qualité du spectacle m’a bien fait passer outre toute cette merde. Alors merci la légende Nicola. Oui tu as un « putain de public », non cette tournée n’est pas « trop fatigante pour ton âge » car tu n’as pas d’âge. Un mythe n’a pas d’âge.


Conclusion :

Pour des raisons d’emplacement, de préférences personnelles en matière de chansons et de contingences insupportables évoquées dans le paragraphe ci-dessus, ce concert n’arrive tout de même pas à la cheville du précédent pour 2018.