vendredi 29 décembre 2017

Drum The World Hambourg, 22.12.2017

Comme je viens de l'évoquer dans mon article sur Hambourg, le Knust est un club de St. Pauli avec une programmation de concerts plutôt intéressante. J'en ai eu à nouveau la preuve le vendredi 22 décembre 2017 grâce à Drum The World


pour finir en beauté cette année 2017 si riche en lives (cf. les comptes rendus du Reeperbahn Festival et du Lollapalooza Paris, sans oublier le mini poème sur les Stones). Attention : la vidéo ci-dessus ne représente pas le show auquel j'ai assisté, mais s'en rapproche. Car j'ai un principe : je vis les concerts et filme donc rarement, comme vous avez pu le constater dans les autres articles comportant très peu de vidéos personnelles, si ce n'est aucune.
Prévenue en fin d'après-midi seulement grâce à un ami israélien lui-même ami du leader (Oded Kafri), je me suis retrouvée au milieu d'une salle pleine à craquer et toujours aussi brûlante, y-compris un jour de décembre. Or je parle plus de l'ambiance que de la température ambiante. L'artiste vivant à Hambourg et se produisant régulièrement dans les rues du centre-ville avec ses comparses, 


il n'avait pas grand monde à convaincre ce soir-là. Le public était comme qui dirait à fond, et les cadeaux de Noel offerts à Oded Kafri sous nos yeux ébahis après le concert ont confirmé son statut de célébrité locale à la communauté de fans assidus.

Et c'est ainsi qu'un cercle vertueux se forme : un public acquis se déchaîne et des musiciens emportés par la ferveur n'arrivent plus à cesser les réjouissances. Ce qui a finalement donné un concert sans fin qui s'est terminé par une interminable improvisation de plus d'une heure après "la dernière chanson" annoncée. Le tout a duré environ deux heures et trente minutes, se plaçant alors en deuxième position de mon palmarès des concerts les plus longs. Les indétrônables The Cure restent bien évidemment en tête avec trois heures de pur bonheur.

Le leader hyperactif, l'hallucinant Christian von Richthofen à la voix de chanteur black de reggae et leurs deux acolytes à l'énergie et au sourire contagieux ont littéralement enflammé et tenu en haleine jusqu'au bout du bout le Knust, même dans un tel contexte d'ennui mortel lié à ce qu'on appelle communément "la période des fêtes".

Leurs guests du monde entier ont été à la hauteur et la diversité des styles et instruments exotiques n'a eu d'égal que leur talent. Mention spéciale à un groupe de kurdes inconnus, également artistes de rue basés à Hambourg, qui pour moi ont volé au-dessus du lot déjà bien haut.

Ça fait du bien de se rappeler que 2017 a été belle car remplie de bons concerts. Et toutes ces percussions, quel pied !

mercredi 27 décembre 2017

Ahoi Hamburg

En créant les catégories pour le menu de ce blog, je me suis rendu compte que le libellé « Voyages » comportait bien trop peu d’articles. C’est tout de même un comble pour l'une de mes plus grandes passions ! Alors à défaut de vous faire découvrir une destination exotique comme le Vietnam et l’Argentine, ou encore une ville coup de cœur, j’ai décidé de traiter ma ville de résidence : Hambourg. J’ai beau y vivre depuis quelques années, trop nombreuses à mon goût, je suis loin de connaître la cité hanséatique comme ma poche.
Commençons par le plus spectaculaire. La vie nocturne y est extravagante, surtout dans le quartier de Sankt Pauli 

Statue de Bismarck marquant l'entrée de la Reeperbahn
qui s’articule autour de la célèbre Reeperbahn, parallèle au port. Or qui dit port, dit marins ; et qui dit marins, dit putains ! Il ne faut pourtant pas restreindre ce périmètre à son simple rôle de haut lieu de la prostitution (Sündeviertel, quartier du vice en allemand) puisqu’il regroupe avant tout l’essentiel des clubs et bars pour faire la fête. J’avais déjà abordé la scène festive autour de cette avenue mythique dans mon article sur l’excellent ReeperbahnFestival
Quelques recommandations hautement personnelles pour s'éclater : le Zwick avec du bon live et un public de tous âges directement à la sortie du métro (station St. Pauli), le Molotow pour du bon indie-rock cette fois avec des gamins de 22 ans maximum et directement à la sortie du S-Bahn à côté de la Beatles-Platz (station Reeperbahn), et enfin le Headcrash et le Lunacy (tous deux spécialisés dans la musique métal) sur la célèbre et bondée Hamburger Berg. Les festoyeurs de la semaine trouveront deux très bons clubs sur cette irréductible petite perpendiculaire à la Reeperbahn : le Roschinsky et le Barbarabar
Pour danser au son des années 90 il existe les fameuses soirées « No limit 90’s » organisées tous les mois par la radio Energy dans le théâtre Schmidts Tivoli directement sur la grande avenue, côté clean (l’autre côté étant celui du sexe, pour faire vite). À ne pas rater également, les soirées 80’s, 90’s et 2000’s de la salle principale du club Große Freiheit 36 qui accueille des concerts le reste du temps. À propos, c’est dans sa Kaiserkeller (littéralement « cave de l’empereur ») qu’un obscur groupe de Liverpool a joué pour la première fois il y a quelques décennies. La Große Freiheit, autre perpendiculaire à la Reeperbahn, porte d'ailleurs bien son nom (Freiheit=liberté) car elle compte en majorité des sex shops, bars à hôtesses, établissements de table dance et autres réjouissances. Toutefois, elle ne s'appelle pas ainsi depuis le XVIIe siècle pour cette raison, mais en référence à l’indépendance religieuse et commerciale de l'ancienne ville d'Altona. Tout simplement. 

Große Freiheit

Parenthèse historique refermée, la Hans-Albers-Platz est le dernier lieu incontournable du quartier de l’excès. Je conseille le Molly Mallone pour de la bonne musique live avant d’enchaîner par une nuit de danse au Frieda B. ! Au petit matin, la tradition veut qu’on descende sur le Fischmarkt (marché aux poissons) à Altona, mais ce n’est pas mon truc personnellement...Mis à part pour apprécier un lever de soleil très pittoresque sur le port.


Petite précision pour les non initiés : Sankt Pauli est certes bondé de touristes le weekend, mais le parcours classique du fêtard commence par quelques verres dans le quartier hipsters alternatif de Sternschanze. Les endroits les plus populaires sont la Haus 73, le Katzenbar et le Goldfischglas.
Un peu plus loin, autour de la Feldstraße, les amoureux de musique électro trouveront leur bonheur au bunker, le célèbre Übel und Gefährlich
Le Knust a quant à lui une programmation de concerts souvent intéressante et constitue un véritable paradis en été avec ses marches donnant sur une place étendue. Il paraîtrait même que ses Kopfhörer-Partys (soirées écouteurs) sont top.
Bon ça, c’était pour la nuit.

Passons au jour, et au plus « grandiose » : j’ai nommé les promenades autour de l’Elbe.

Non, pas la Hanfenstraße et ses nombreux squats,
embrasée pendant le G20
Je ne peux que vous conseiller de descendre à la station de métro Landungsbrücken pour prendre un ferry, au tarif normal de la compagnie des transports publics HVV, qui vous fera longer l’Elbe et vous permettra d’admirer le port depuis l’eau. 


Essayez d’aller jusqu’à Blankenesee, ancien village de pêcheur devenu une sorte de ghetto pour riches, et visitez son sublime Treppenviertel ("quartier des marches") pour vous sculpter des mollets en or. Comme l'indique son nom, il regroupe différentes villas accessibles par des escaliers ; aucune voiture ne passe.

En été, les plages de l’Elbe 

Plage de l'Elbe, sable fin,
avec au loin le bloc erratique nommé Alter Schwede
sont bondées, notamment à proximité du bar de plage Strand Pauli, mais la plus jolie plage est pour moi dans le quartier de Rissen. C’est vraiment une astuce en or que je vous donne car elle est plus éloignée du centre et difficilement accessible, donc moins prisée. La plage se distingue par un phare et sa fréquentation plutôt familiale, contrairement aux endroits plutôt « cools » et « jeunes » à proximité du centre.

Pour accéder à la plage, il faut traverser un petit bois.

La meilleure façon d’admirer la skyline de Hambourg, désormais sublimée par la prestigieuse Elbphilarmonie

Le socle est un ancien entrepôt en brique rouge, marqueur de l'identité de la ville
Le toit du bâtiment est accessible gratuitement et donne une très jolie vue sur le port -
à gauche : le bateau-musée Cap San Diego avec ses mythiques afterworks du jeudi !
est de passer par le Alter Elbtunnel (entrée à Landungsbrücken) pour, comme l’indique son nom, traverser l’Elbe en dessous du niveau de l'eau avant d’arriver sur l'autre rive.

Une fois revenu côté ville, tout visiteur qui se respecte ne peut manquer le lieu le plus sublime de Hambourg : la Speicherstadt, quartier d’entrepôt classé depuis 2015 au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Sankt Michaelis, église symbole de la ville (et de paix) surnommée der Michel, est un autre incontournable. Attention, elle n’a rien d’extraordinaire, mais d’éminents personnages sont enterrés dans sa crypte et surtout le haut de son clocher offre la meilleure vue de la ville. Je recommande également un tour vers le Rathaus et les rues environnantes.

Quittons désormais la grande Elbe pour rentrer dans le vif de la beauté : l’Alster

Vue automnale depuis le Krugkoppelbrücke - photo non retouchée !
Plus mignon et plus charmant, ce lac artificiel qui se jette dans l’Elbe a depuis toujours mon admiration. Or je ne suis pas la seule, à en croire les hordes de touristes régulièrement assis sur les marches de Jungfernstieg devant la Binnenalster (Altster « intérieure »).

Atlantic Hotel Kempinski sur le bord de l'Alster,
lieu de tournage de certaines scènes du James Bond Tomorrow Never Dies
Conseil d’initié en passant : montez prendre un bon café au Coffee Shop de la Poststraße un peu plus loin car il vous donnera une vue imprenable sur le petit canal.

Derrière la vitre de The Coffee Shop
Pour un bon bol de verdure, et Dieu sait si les villes allemandes savent en offrir, le parc Planten un Blomen me semble être la meilleure solution pour le touriste, car très central. Ne ratez pas son joli jardin japonais, 

Planten un Blomen
son spectacle nocturne de jets d’eau tous les soirs en été et sa patinoire en hiver. Mais le vrai poumon vert adoré de la ville reste le Stadtpark, avec sa piscine en plein air (eau naturelle) pour se rafraîchir pendant les quelques jours de chaleur que Hambourg peut avoir en été (blague de locaux...).
En tant que résidente des quartiers bordés par l’Alster, je sais à quel point ces coins de la ville invitent à de très jolies promenades, notamment grâce aux villas qui trônent au bord de l’eau. Je ne peux  que vous conseiller de longer le lac (Aussenalster cette fois) sur la route Schöne Aussicht jusqu’au célèbre café Alsterperle, puis de faire un tour devant la jolie mosquée bleue, bien cachée entre les somptueuses villas, avant de profiter de la vue imprenable sur l’étendue d’eau depuis Fernsicht. Prenez ensuite la rue Leinpfad à votre gauche pour admirer les villas hanséatiques donnant sur une Alster plus charmante car réduite en canal. Celle-ci se ré-étendra un peu plus loin, après cet endroit situé juste à côté du théâtre Winterhuder Fährhaus.


Coucher de soleil sur l'Alster 
À gauche (non visible, mais pour info) : embarcadère Café Leinpfad
pour une petite croisière sur le lac
Voilà, voilà. N'hésitez pas à poser vos questions en commentaire ou en privé !

dimanche 24 décembre 2017

La pureté du bien-être animal


Cachez ce monde que je ne saurais voir !
J'aime le sommeil, la tendresse et les croquettes.
Dans mon territoire le bipède a fait la conquête
De mon instinct sauvage pour me faire entrevoir

L'amour inconditionnel d'un être misanthrope
Prêt à m'offrir l'infinie douceur
Dont il prive les Hommes par peur,
Pour les réserver à notre relation interlope.

Car pour les normes officieusement officielles,
Il faut aimer son prochain, aimer les humains
Même s'ils ne sont que rapports sans lendemain
Tristes produits de leur époque, règne de l'artificiel.

Égalité entre les sexes, mort de la famille nucléaire,
Je sais très bien que l'autre côté de ma téléfenêtre
Regorge de destins semblables à ceux de mon maître
Dont le bien-être couperait la langue de toute ces vipères.

Et moi je suis bien là, blotti contre son bras
Pendant qu'il lit des livres ou écrit des poèmes
On est bien tous les deux, à l'abri des problèmes
Et des jugements stupides et maussades de l'agora.

Ils n'acceptent pas la simplicité du bonheur animal
Mais gardent des comportements de meute agressive
Ignorant les conséquences de son attitude excessive
Et condamnant tout membre désigné comme anormal.

Mon papa a l'air de se foutre du quand dira-t-on :
Il sourit tout le temps et s'amuse de mes poses.
Dehors, ils transformeraient ses joies en névroses,
Alors que dedans, rien ne vaut mes tendres ronrons.

vendredi 22 décembre 2017

Réflexions tardives de bon heur


La langue française est souvent injuste pour les femmes :
un travailleur>une travailleuse (une pute)
un gars>une garce
Pourtant, on dit bien :
un pervers narcissique>une ?
un connard>une connasse, personnage hautement comique interprété par Camille Cottin.


La France c'est le pays où un escroc fait 20 % à une élection présidentielle, où un député ayant failli tuer un homme à coups de casque de scooter...reste député et où le Premier ministre prend un vol Tokyo-Paris à 350 000 euros aux frais du contribuable sans raison valable et ne comprend pas que cela puisse choquer. Toutefois, les passions se déchaînent lorsque Sa Majesté ose accepter un coup de fil de la part d'un animateur de divertissement à l'occasion de son quarantième anniversaire.


L'animal de compagnie est la garantie d'un bien-être permanent et même croissant. Quand les humains sont perfides, le chat ou le chien se contente de croquettes et de tendresse pour être comblé. Or voir un être si heureux et reconnaissant envers vous effacerait presque votre besoin naturel d'intégration dans la communauté humaine. 


Le maquillage est un immense privilège accordé aux femmes : celui de porter le masque du présentable qui pousse à adopter un comportement social et sociable. Il fonctionne donc sur le même principe que le tailleur/costume, à la différence que la femme a l'avantage de pouvoir porter les deux !


Les enfants ne sont pas toujours insupportables : ils sont souvent une source de réflexion pour qui sait les observer et écouter. Ils sont les seuls à poser les questions importantes oubliées des adultes et à se créer un monde imaginaire fascinant. Par ailleurs, leurs interrogations expriment déjà un conditionnement de la part des adultes de leur entourage et montrent alors à quel point la société façonne les esprits dès le plus jeune âge. Ex : "Pourquoi t'as pas de mari ?"


Une soirée passée à rire avec des gens drôles et tout simplement agréables constitue l'une des plus grandes joies qu'une vie humaine peut offrir. Elle fait instantanément oublier les déboires sanitaires, financiers et professionnels du médiocre quotidien, paradoxalement grâce à sa simplicité et sa banalité.


Noel a au moins le mérite de forcer les gens à avoir l'"esprit de famille" et à apprécier une période de l'année quasi entièrement privée de la lumière du jour.


L'émission "Les Grandes Gueules" est un bijou de l'audio-visuel français.


Écouter Brothers in Arms de Dire Straits dans des écouteurs pendant une ballade champêtre est une délicieuse expérience fortement recommandée par le Ministère de la Santé.

Les grognasses qui mettent bas ont enfin trouvé une raison de vivre et accessoirement de ne plus faire chier leur monde. En théorie.

mercredi 20 décembre 2017

Ablation de l'individualité par une majorité écrasante de sombres crétins

Dans ma grande mansuétude, j'ai accordé une soirée à des gens connus et des inconnus. Qu'ai-je récolté ? Des moqueries foncièrement mauvaises et hors de propos sur les Français. Car à l'étranger encore plus que dans votre Vaterland, la plupart des êtres humains gomment votre individualité et quelles que soient vos caractéristiques - physiques, de parcours, de personnalité et même professionnelles - celles-ci seront ignorées pour in fine vous réduire à votre nouvelle essence : votre nationalité. Le sophisme est total : on ne part pas de l'expérience pour conclure des idées relatives aux Français, mais on part de toute réaction ou de tout comportement que vous pouvez avoir, aussi insignifiants soient-ils, pour en déduire que c'est typiquement Français. À noter que bien souvent, on va prendre tel acte ou parole comme un prétexte pour plaquer grossièrement ses préjugés. Les Français sont snobs, les Français aiment la bonne chair, les Français sont arrogants. À partir de là, tout comportement de l'individu français à l'étranger sera mis dans la case formée par tel ou tel préjugé pour peu que son acte s'y apparente de près ou de loin. Inutile de dire que le principe fonctionne pour toutes les nationalités et origines, mon cas étant représentatif de ce que vivent les "déracinés", peu importe d'où ils viennent.

Il en résulte à long terme une frustration immense qui se transforme en chagrin et même en pure misanthropie. Le ressentiment engendre isolement et un cercle vicieux se déclenche. Plus je m'isole, moins j'ai l'habitude des remarques des autres. Moins j'ai l'habitude des remarques des autres, plus elles me blessent. Plus elles me blessent, plus je m'isole. On peut bien se dire que les auteurs des remarques désobligeantes ne sont que des beaufs tout simplement peu habitués à fréquenter autre chose que des Teutons aussi débiles qu'eux, et c'est objectivement vrai. Pourtant, le mal, à double tranchant, est fait.
Premier effet kiss cool, les moqueries récurrentes envers votre nationalité de la part d'un peuple au milieu duquel vous vivez a une et une seule signification : tu n'es pas des nôtres. Quand on vit depuis bientôt sept années dans un pays, c'est tout simplement cruel, d'autant plus que pendant les rares visites au sein de la patrie, on vous rappelle que vous ne faîtes plus partie de la communauté nationale. Comprenez : en Allemagne, je suis la Française et en France, je suis l'Allemande.
Deuxième effet kiss cool, ramener en permanence un individu à un tout comme sa nationalité revient à nier son individualité. Or, nier l'individu n'est-il pas nier son humanité même ? Paradoxalement, puisque l'humanité est un tout. Ceci étant dit, elle se définit comme un tout, somme d'individus. Or si je suis la Française, et donc les Français, je ne suis plus Ed. Je n'existe plus. Je suis un peuple tout entier, plus exactement l'idée d'un peuple. Je ne suis donc plus un être individuel incarné, résultat certes d'une histoire et d'un pays, mais aussi d'un parcours personnel. Je suis réduite à un concept, à une abstraction donc. Preuve sans appel de la négation de mon être concret devant l'abstraction : lorsque je prie ces crétins d'arrêter leurs blagues, ma volonté est ignorée. Évidemment, puisque je ne suis pas. La volonté d'un homme n'est que l'expression de son individualité et de son humanité. Or on m'a dépouillé de la mienne.

Molecule Man, Berlin ou les Autres réunis
Élargissement de la réflexion : le problème se pose de manière criante lorsqu'on vit à l'étranger, mais  chaque être humain fait cette expérience dans son propre pays. Lors de mes jeunes années en France, j'ai presque toujours été "la blonde" et bien d'autres concepts encore, mais autant s'arrêter là pour ne pas tomber dans le pathos. Ma réalité est cruelle, malheureusement elle est insignifiante rapportée à ce que peuvent subir des gens bien moins favorisés par la loterie de la naissance.

Je retourne dans ma grotte.

À bon entendeur...



NB : Cet article fait écho, même si le thème central est autre, à la réflexion sur l'individualité face à la société développée ici.

mardi 19 décembre 2017

Du danger intellectuel et social de la femme amoureuse

Museum Of Sex, New York City

Tu te crois supérieure parce qu’un pauv’ mec s’intéresse à toi
Parce que l’amour qu’il te porte te transporte loin de nos sphères
De drôle et libre, tu es devenue un irrésistible somnifère
À prendre par gorgées de monologues « et moi, et moi et moi »

Soirées, beuveries, danse et rires appartiennent au passé
Weekends en famille et petits déjeuners rythment ta nouvelle vie
Les célibataires il te faut tout à coup rabaisser
Car seul l’idéal du couple mérite d’être poursuivi

L’art ou autres merveilles du monde n’ont aucun intérêt
Les discussions entre amis doivent subir tes scènes de ménage
Et malheureusement aucun membre de ton entourage
N’a osé te qualifier au pire d’hystérique et au mieux de tarée

Alors tu continues à pourrir ces humains trop patients
De robe de mariée en crises de jalousie intempestives
Les gentils amis encaissent et jamais ne t’esquivent
Tandis que je sens mes nerfs de plus en plus déficients

Tu as beau inonder les réseaux sociaux de tes selfies
Déclarations enflammées et autres mantras ridicules
Je sais bien que ton bonheur est minuscule
Et que vos conversations ne sont que dégueulis

Intellectuellement usée par cette bonne femme
J’ai bien dû m’éloigner de sa diarrhée verbale
Pour me protéger de sa connerie virale
À défaut de n'avoir pu jamais raisonner Madame

vendredi 15 décembre 2017

I had a dream


Déclaration au bord de la Spree, Berlin

Cette nuit j'ai rêvé que j'étais amoureux
Je suis troublé, ça faisait tellement longtemps
Que mes songes ne m’avaient pas rendu heureux
Et transporté dans la beauté de l’inconscient.

Elle avait des traits si fins et des yeux si clairs
Qu’ils ont effacé le noir de mes cauchemars
Pour colorer de bleu mes souvenirs amers
Et promettre à mes journées un nouvel espoir.

Moi qui vivais tel un robot, sans émotions,
Menais une vie d’intellect depuis ma tour,
Il a suffi d’une étincelle de questions
Pour un beau jour allumer les feux de l’amour !

Je n’ai eu d’autre choix que de tisser des vers
Pour capturer la douceur de cette fille,
Et pourtant déjà ma mémoire sévère
Laisse s’échapper l’onirique brindille.

Alors peu à peu son image s’efface,
Emporte avec elle l’envie d’avoir envie,
Mon oubli de vivre redevient tenace,
Mais de cet intermède j’ai été ravi.

jeudi 14 décembre 2017

Liberta


Liberté, liberté chérie

Miracle de la nature, jour de janvier
Des bourgeons en éclat miment la naissance,
L’arrivée sur la Terre d’une existence
Dont l’étonnement est le sentiment premier.

De cris en découvertes, l’émerveillement
Se pose alors sur chaque aspect de la vie.
D’amour maternel en désirs inassouvis,
Il regarde les adultes envieusement

Car leur champ des possibles lui paraît sans fin :
Actes détachés de leurs besoins primaires,
Soumission indéniable mais volontaire.
Ses barrières d’enfant lui causent du chagrin.

Il grandit et sent qu’il se rapproche d’elle
Sans l’atteindre et l’enlacer comme les grands.
Mais dans son pays ne règne aucun tyran,
Et donc sa conscience individuelle

L’accompagne de sa légère gravité,
Mûrit à la manière d’un fruit au printemps
Pour donner à cette jeunesse le mordant

Le goût si étourdissant de la liberté.

vendredi 8 décembre 2017

Une page qui se tourne

Idole des jeunes des années soixante
Devenue symbole des vieux d'aujourd'hui
Ces baby-boomers à la vie arrogante
Observant leur descendance peu épanouie

Dans une France terne et conservatrice
Le rock and roll il a su populariser
Et la jeunesse il a soudain électrisée
Lui, disciple francophone du King Elvis

Infidèle, exilé fiscal et flambeur
La sincérité de l'homme l'a emporté
Et des nombreux excès aux histoires de cœurs,
Tout un pays le guette : une star est née.

Un jour, le ventre du Roi fît de l'ombre au rock
Mais son beau double hexagonal reste debout
Et face aux modes, s'entoure de jeunes loups
Prêts à lui offrir de nouveaux tubes chocs

Des sosies fanatiques aux snobs parfois cruels
Tous se passionnent pour la santé du mythe
De chutes en rémissions on le croit immortel
Tandis qu'il prépare un concert insolite

Le gros crabe n'atteint ni voix ni charisme
Mais éteint le corps de l'étoile dans la nuit
Pleurent des millions d'amours, des millions d'amis
Ainsi disparut Johnny, héraut de Memphis.


mardi 5 décembre 2017

Le jugement divin


Quel(le) que soit notre sexe, âge, milieu social, profession ou lieu de résidence, nous sommes en permanence soumis au jugement de la société. Malgré la chance inouïe que nous avons de vivre en démocratie, et non sous une dictature au sein de laquelle aucune tête ne doit dépasser, la société possède des cadres, des chemins de vie normatifs. Il ne peut en être autrement puisqu'elle se définit justement par l'établissement de ces normes : "milieu humain dans lequel quelqu'un vit, caractérisé par ses institutions, ses lois, ses règles". Cette définition laisse déjà entrevoir le conflit fondamental de chacun, à savoir l'évolution d'un individu à l'intérieur d'un milieu policé.

Personne ne peut prétendre rester et être toujours resté dans les clous. Il arrive inévitablement un moment dans la vie de chacun où vous sortez des normes. Prenons quelques exemples :

Mariée, deux enfants, petit pavillon agréable en région parisienne, une voiture, un chien, un mari cadre supérieur. Quand suite à une rupture à l'amiable avec son employeur-exploiteur, elle décide d'entamer une formation en vue d'une reconversion professionnelle, la société s'en étonne. Pourquoi reste-t-elle si longtemps au chômage ? Pourquoi glande-t-elle à la maison toute la journée pendant que son mari travaille ? Car même si l'ensemble de sa vie était bien dans les clous, il est arrivé un moment où le train a déraillé et la société française n'accepte pas tout à fait une telle situation. Une femme doit travailler, doit être indépendante et ne surtout pas rester au foyer. Ma mère étant dans ce cas, je connais très bien ce jugement sans appel. L'idéal de la femme au travail est sensé accoucher d'une femme plus libérée que la femme au foyer, mais finalement, l'injonction a simplement été déplacée d'un lieu à un autre. Cependant, cela ne doit en aucun cas faire l'objet d'une exclusivité. La femme doit aussi procréer. Qu'elle travaille, c'est une obligation tacite. Qu'elle ne fasse que travailler, c'est une condamnation tacite. Une femme sans enfant est forcément dans cette situation parce qu'elle veut se consacrer à sa carrière. Sacrilège ! Carriériste ! Un homme qui a procréé et ne voit ses enfants que rarement pour cause de dents qui rayent le parquet bénéficiera d'une plus grande mansuétude. En d'autres termes : la femme doit vouloir (et c'est effectivement le cas chez la majorité des Françaises) le beurre et l'argent du beurre. Face à la difficulté pratique, organisationnelle, voire nerveuse engendrée par cette double injonction (tout en gardant à l'esprit la nécessité économique comme cause historique et principale de l'activité des femmes), on est en droit de se demander si elles n'ont pas la vie plus dure alors même qu'elles ont atteint une forme d'indépendance financière.

Ingénieur en informatique parisien de 38 ans, célibataire, sans enfant, habitant dans un petit studio. Sa réussite professionnelle a beau être difficilement contestable, notamment parce qu'elle s'accompagne d'un bon salaire et d'un certain bien-être au travail, la société considère irrémédiablement ce type comme un raté. Un vieux garçon. Son appartement est mal tenu, comme celui de tous les hommes célibataires. La société amasse et ressasse les préjugés sexistes sans modération et ne voit pas pourquoi ils épargneraient les hommes. Le jeune homme n'a pas d'enfant, n'a pas de femme, il est indubitablement malheureux comme une pierre. Seul et pathétique. L'idée que la vie de célibataire puisse offrir des joies et plaisirs différents et non moins métaphysiques que ceux du père de famille échappe au jugement de la société. Bref, elle a tranché : c'est un pauvre type.

Jeune femme de 29 ans, trois enfants, sans emploi, un mari ouvrier, une maison dans le Nord. Un cas social. Un accent chti insupportable. Des fautes de syntaxe et de conjugaison à l'oral. N'imaginons même pas le niveau à l'écrit. Trois mômes à moins de trente ans : une pondeuse qui vit sur les aides sociales. Le mari est forcément encore plus bête qu'elle, alcoolique, cela ne fait aucun doute. Que cette famille puisse être parfaitement équilibrée et relativement "heureuse", certainement bien plus que n'importe quelle famille riche du bassin parisien au niveau d'attente et donc de déception plus élevée, la société ne peut l'imaginer. Le confort matériel est un critère important pour celle-ci, au même titre que le fait de se confort-er à un idéal de vie, une fois de plus. Mais pour en revenir à notre jeune nordiste : on ne commence pas la reproduction avant la fin de la vingtaine. On fait d'abord des études, quitte à ce qu'elles soient inutiles, mais on doit en faire. Bref. Le jugement est tombé : ce sont des ploucs électeurs du FN à fuir pour mieux les mépriser.

PDG d'une société de taille moyenne, grand pavillon dans une banlieue chic des Hauts-de-Seine, 42 ans, divorcé, deux enfants. L'horrible bobo parisien, le mal absolu pour toute une frange de la population. Car une déviation du sens initial (bourgeois+bohème) a amené bien des gens à ne garder que "bourgeois" dans leur jugement. Il est sans doute haï par la famille évoquée plus haut car contrairement à elle, il n'a aucune raison de s'opposer à l'immigration puisqu'il en bénéficie dans son entreprise, ni de s'opposer au système puisqu'il en bénéficie dans son entreprise. Telle est la nouvelle définition du bobo. De gauche, de droite. Bohême, pas bohème. Bouffeur de quinoa, bouffeur de côtes de bœuf. On s'en fout. C'est un "bobo de merde" avec sa petite vie parfaite qui ne comprend rien à la "vraie vie" et ne connaît pas de "vrais gens". Le jugement est tombé : il concentre toute la frustration des classes populaires "qui souffrent" et en devient donc haïssable. 

La société a ses normes. Au sein de la société française résident de multiples sous-sociétés avec leurs propres systèmes de lecture sans appel. Alors que le peuple craignait le jugement divin sous l'Ancien Régime, les individus d'aujourd'hui sont en permanence soumis à un jugement aussi sévère et péremptoire que le jugement de Dieu. Disons qu'il en a toute les caractéristiques sans pouvoir être appelé ainsi. La société est notre Dieu actuel, cachée, pernicieuse, mais tout aussi toxique pour l'individu. Celui-ci se soumet : il fête Noel alors que ce folklore américanisé le stresse plus qu'autre chose, il juge sans relâche ses contemporains sans réfléchir aux critères expliquant ses verdicts, et enfin il s'enchaîne à ses origines. Plus que jamais. Les origines sont le contraire même de l'individu. Elles sont puissantes et constituent la base de bien des jugements. Résidant moi-même à l'étranger, je suis malheureusement très bien placée pour le savoir. Vos propos et comportements sont jugés à travers le prisme de l'idée que se font les autres de vos origines. Votre individualité est donc bien trop souvent niée. Quel ennui. Quelle privation terrible de liberté. Le déterminisme...L'horreur. J'aurais pu faire entrer les origines dans mes exemples de personnages types jugés négativement par la société, mais je voulais avant tout montrer que MÊME en dehors de ce critère, le jugement est dur et injuste. Alors imaginez AVEC. Je pense que le jugement social et la négation de l'individu sont renforcés par la place que prennent aujourd'hui les origines dans les mentalités. D'où vous venez, votre religion, votre sang !

Le plus choquant dans cette histoire de société toute puissante et aliénante demeure le contexte objectif dans lequel elle se joue : démocratie, économie libérale, sensée lutter plus que jamais contre l'obscurantisme. Le jugement social ne peut être apparenté à un quelconque obscurantisme, ce serait trop...noircir...le tableau, mais l'esprit des Lumières était avant tout une célébration du libre arbitre et donc de l'individualisme contre le dogme. Alors pourquoi revenir en arrière et remplacer un dogme par un autre, plus tacite ? C'est le propre d'une société dira-t-on, mais tout de même...L'affranchissement et le questionnement de ses propres jugements est à la portée de chacun ! La tolérance ne s'acquiert pas par les études supérieures, et la pulsion de liberté vit en chacun de nous. Pourquoi la réprimer sans cesse ?

lundi 4 décembre 2017

Surfemme

Surfemme


Les écrivains qui travaillent à cet instant très précis sont des surhommes.
J’ai toujours lu des « classiques », avec une très nette préférence pour les Réalistes du XIXe siècle : Zola, Maupassant et surtout Balzac étaient et restent mes machines à remonter le temps pour explorer une époque révolue et une nature humaine aussi immuable que les règles sociales auxquelles elle doit se conforter. Non pas que Le père Goriot ne m’ait appris quoi que ce soit sur la société parisienne à la Belle époque, ses principes ne différant en rien de mes propres observations gracieusement offertes par quelques années dans la capitale. En revanche, lire l’expression aboutie et romancée de ce que mon vécu m’a permis d’entre-apercevoir de l’âme humaine représente sans doute la plus grande satisfaction intellectuelle qu’il soit. Cette confirmation d’avoir intuitivement saisi les caractères, sublimée par la littérature, réussit le miracle d’une évasion intellectuelle du monde concret par le biais d’une description de celui-ci plus vraie que nature et enrobée d’une fiction bien construite. En d'autres termes : s'évader du monde dans lequel on est projeté en lisant sa narration. Quel sublime paradoxe !

Avant 2013, mes lectures contemporaines s’étaient limitées à quelques extraits d’Amélie Nothomb ou autres Beigbeder qui m’ont toujours semblé à des années lumières de la réalité et donc de l’essence même de la littérature, ou plutôt de MA littérature. Virginie Despentes fait figure d’exception à la règle. Son style punk me séduit par son manque radical de subtilité, au même titre que ses nombreuses références musicales.
Soudain arrive 2013 (ou 2014 ?) et un immense tag sur la façade d’un immeuble du 5e arrondissement : « LISEZ ». Oui, mais encore ? Un « Nique la police » aurait certes été bien incongru dans ce quartier, mais de là à inscrire une telle injonction...avec en son dessous un « LISEZ HOUELLBECQ » encore plus immense. Intriguée par ce tag, j’ai décidé de suivre bien sagement son injonction et Les particules élémentaires a bouleversé ma vie. Ce sinistre chef d’œuvre de fin de millénaire m’a fait prendre conscience de deux choses. Tout d’abord, il est encore possible d’écrire de grands romans réalistes à cette époque qui est la mienne. Et ensuite, lire des contemporains a fait germer en moi une idée très simple, mais parfaitement inédite pour cause de trop fortes doses de classiques : « Ce qu’il écrit, toi aussi tu peux l’écrire ». À partir de là, tout était devenu limpide. J’écrirai, d’autant plus que je ne suis « douée » pour rien d’autre. Plus d’alternative. Plus d’excuse. Plus de complexe admissible.

N’en jetez plus : je serai une surfemme ou ne serai pas.



dimanche 3 décembre 2017

L'Homme Blanc


On ne parle que de toi,
Sans arrêt, sur la toile.

Tu serais dominateur,
Toujours colonisateur.

Le pouvoir, objet de foi,
Sillonne dans ta moelle.

L'instinct seul te limite.
La morale est ignorée.

Aux femelles tu fais peur,
Narguant leur vile pudeur.

Ton horrible conduite
Sera un jour balancée.

On te saura prédateur,
Ignoble porc agresseur.



Certains masques sont tombés,
Des Tartuffes démasqués
Se disaient féministes
Et parfois socialistes.

D'une marche à Washington,
Il restera un dégoût,
Car les actes résonnent
Et des mots viennent à bout.

La mort subie des puissants,
Tous ces griefs incessants
Paraissent impudiques,
Mais surtout bénéfiques.



De ces brebis galeuses
Tu ressors pourtant blanchi.

La foule silencieuse
Du soupçon est affranchie.

Grâce à un prédicateur,
L’évidence est rappelée :

L’Homme Blanc est imparfait,
Le musulman est mâle

Menaçant ma liberté,
Ma vie occidentale.

Femme, défends l’Occident !
Résiste pour l’Homme Blanc !

mercredi 29 novembre 2017

Le marché aux moutons


Dans sa belle démesure
Le grand peuple germanique
A greffé à sa culture
Une idée frigorifique

Couleurs gaies sur climat triste
Faux chalets en contreplaqué
La fête des altruistes
Arrive comme l’an passé

Odeur tenace de vin chaud
Jouets en bois made in China
Séduisent les Occidentaux
Si proches de leur nirvana

De nos nuits interminables
Il a un jour fallu sortir
D’une naissance croyable
La Lumière devait jaillir

Cette fin de calendrier
Sonne le début de l’enfer
La retenue est décriée
Au royaume du grégaire

Parez sapins, rues et maisons
Dépensez, mangez, souriez
Mettez-vous tous au diapason
Des sans-abris ayez pitié

Oui, Noel est si magique
Elle nous rend solidaires
Et à peine hystériques
Sous l’injonction populaire

Dans ce joyeux stress collectif
Nous détestons ces salopards
Qui devenus trop dépressifs
Mettent nos métros en retard

mercredi 1 novembre 2017

L'imprudence des bavardes


Claire porte vraiment bien son prénom. C’est une fille sans mystère : elle parle comme un livre, ou plutôt comme un « Marie-Claire » ou un « Elle » ouvert. Aucune profondeur, aucune zone d’ombre, une première discussion avec cette quadra mondaine vous suffit pour connaître son cycle menstruel, ses habitudes alimentaires, sa vie sexuelle, sa journée type, son enfance, ses problèmes de peau et même ses chanteurs préférés. Mère de deux enfants aussi parfaits à ses yeux qu’insupportables à ceux du monde, ils sont inéluctablement son sujet de prédilection. Tous ses interlocuteurs se retrouvent prisonniers du récit de leurs activités sportives, résultats scolaires, lubies, fréquentations et exploits purement subjectifs en tout genre. Secrétaire de profession, elle surprend n’importe quel observateur, même inattentif, par son fourvoiement évident : au lieu d’un tel poste réclamant un minimum de discrétion, concierge est sa véritable vocation. Elle l’ignore.
Tout comme elle ignore les nombreuses conquêtes de son mari. Une à la fois seulement, mais depuis tant d’années. Monsieur a des responsabilités. Directeur des achats pour une marque de maroquinerie de luxe, il se retrouve souvent aux quatre coins du monde pour négocier de gros contrats, et tandis que la parole de sa femme n’a aucune valeur intellectuelle ni marchande, la sienne pèse des millions de dollars. Pour éclairer les tristes nuits de solitude de José Schwartz passées à l’hôtel après de longues journées de visites et séminaires, sa boîte lui propose toujours les services d’une escort. Chose que le séduisant quadra refuse systématiquement. D’une part, il savoure toute soirée passée loin du dégueulis oral quotidien de sa chère et tendre. D’autre part, sa maîtresse Jolène vaut toutes les prostituées du monde car non seulement elle est gratuite, mais surtout elle se tait.
Au siège de la société, tout le monde sait que Claire est cocue. Tout le monde l’écoute attentivement raconter sa vie si captivante pour se fournir en matière à plaisanterie dès que Madame a le dos tourné. N’importe quelle femme aurait en temps normal pressé le bouton de la solidarité féminine pour lui révéler les déviances de son mari, mais Claire fait preuve de tellement de nombrilisme lors de ses interminables monologues qu’elle n’inspire aucune compassion. La seule pensée que sa situation évoque dans l’esprit de tous, hommes et femmes confondus, se résume en un sincère « Bien fait pour sa gueule ».
Inutile de dire qu’elle n’a pas toujours été ainsi. Une secrétaire sans diplôme n’aurait eu aucune chance de rentrer dans un grand groupe, et encore moins de sortir avec le jeune cadre dynamique qu’était José il y a quinze ans, si elle n’avait montré aucun autre intérêt pour quoi que ce soit d’autre que sa personne et passé son temps à cancaner. Non. En plus de son anglais impeccable qu’elle doit uniquement à son papa originaire du Sussex, elle était à l’époque très jolie, plutôt silencieuse et à la limite de la nymphomanie.
Malheureusement rien ne dure, et même si sa beauté lui a laissée de beaux restes, la maternité l’a transformée. Son obsession pour le sexe s’est reportée sur sa descendance dès le premier enfant. Reine du narcissisme au royaume des très jolies princesses capricieuses, son intérêt pour les plaisirs de la chair lui a jadis permis de se faire remarquer par un honnête homme. Mais à la première progéniture née, le masque est tombé et l’égoïsme absolu s’est matérialisé en un petit être, prolongation du sien. Le monde extérieur s’efface alors, seuls les mini-moi comptent aux yeux du moi d’origine. Et vice-versa, car de jeune secrétaire sexy génératrice de fantasmes, Claire a sauté à pieds joints dans le piège tendu à toutes les femmes imbues de leur personne qui se mettent à enfanter.

Elle n’a rien vu venir et ne voit toujours rien. Ses bavardages ont eu raison d’elle, de son couple et de ses relations sociales. Jeunes narcisses des temps modernes, prenez-garde à votre langue, tenez-là ; pour les autres, et surtout pour vous.

mercredi 25 octobre 2017

Enfouissement

J'ai été jeune, vécu ces années intenses qu'on croit éternelles, pensé aimer et détester, cru à la révolte et à la réussite au moindre effort. Moi aussi j'ai subi à la limite de la majorité sexuelle ces regards et paroles de vieux libidineux et les ai enfoui mécaniquement dans les tréfonds de ma mémoire, car chaque vie de femme est la confirmation par les faits de la thèse de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient ».

L’inégalité homme/femme est si bien construite par la société, par une sorte d’entente tacite entre les deux sexes sur ce sujet, que la jeune fille accepte sans rien dire ces manifestations de désir qui pourtant la répugnent. En la renvoyant à son altérité et à sa condition de pur objet, les hommes ont construit progressivement en elle une intériorisation totale et inconditionnelle de son infériorité. Encore trop peu sûre d’elle à son jeune âge et dans une phase de découverte du plaisir sexuel, la jeune fille incarne un parfait mélange de vulnérabilité et d’énergie vitale qui viennent s’ajouter à son état de « bonne chair fraîche ». Les mâles dominants décérébrés le perçoivent instinctivement et ne peuvent réprimer leur besoin primaire d’exprimer ce désir. Pourtant, l’être-objet de celui-ci réprime tout aussi « naturellement » le dégoût qu’il lui inspire. C’est habituel et aussi banal que la pluie qui tombe, alors la jeune fille ignore, enfouit.

Or ne rien répondre c’est bien évidemment autoriser le vieux de plus de trente ans à humilier, refuser de se placer sur un pied d’égalité en exprimant son propre sentiment de dégoût. Tu me désires certes, mais l’idée d’un regard concupiscent de ton être vieillissant porté sur mon jeune corps me répugne. TU me répugnes. Malheureusement, aucune jeune fille (ou presque) n’exprime de réaction puisque la société l’a rendue femme, être inférieur réduit à un corps. Autre raison moins évidente et pourtant naturelle et non acquise du silence et de l’intériorisation : la jeune fille se conçoit elle-même avant tout comme un corps, son taux d’hormones est au plus haut et sa libido au sommet. Elle en serait même étonnée, presque déçue, si elle passait plus d’une semaine sans recevoir de sifflets ou propositions dans la rue.

À cette acceptation de son infériorité si bien construite par la société qu’elle en est devenue naturelle, s’ajoute alors un élément qu’on oublie parfois : le sentiment de pouvoir. En prenant conscience qu’elle est capable de séduire les hommes, la jeune fille sait déjà qu’elle possède un pouvoir immense. Ce sentiment est aussi enfoui que celui de son infériorité, et ce pour une simple et bonne raison : ils renvoient à la même caractéristique anthropologique. Ils en sont les deux faces. Les mâles, pour des raisons évidentes liées à la reproduction, recherchent la jeunesse chez une femme et désirent de la chair fraîche. Or il n’y a de désir sans objectivation de la personne sur laquelle il se porte. Les jeunes filles ont enfoui cette triste réalité car elles connaissent l’autre face de celle-ci, plus favorable. Elles savent que le désir étant la plus grande faiblesse de l’être humain, tout être qui l’inspire est alors doté d’un pouvoir inné. Même s’il n’en va plus de la survie et de la reproduction de l’espèce, nos sociétés modernes occidentales sont restées bloquées sur ce mode primitif de recherche de la jeunesse et de la vulnérabilité chez la femme. Reste à savoir si LE contre-exemple que nous connaissons tous ainsi que la récente augmentation des couples où la femme est plus âgée que l’homme changeront durablement nos mode de fonctionnement primitifs et les feront passer à des mentalités plus égalitaires, et au final plus raisonnables et civilisées.

Toujours est-il que si c’est le cas, les jeunes filles pourront dire adieu à leur pouvoir de séduction, je n’aurais jamais eu certains petits boulots ou stages et les Céline Dion remplaceront les Vanessa Paradis, même chose pour les Léa Salamé au profit des Élise Lucet. En d’autres termes, il va falloir faire comme les hommes : bosser pour avoir le pouvoir. Et non plus bosser et miser sur autre chose de moins "glorieux". Car certes, vous n’aurez plus de bâtons dans les roues À CAUSE DE votre féminité, mais vous pourrez aussi dire adieu aux coups de pouce GRÂCE À votre féminité. Et oui, tout objet possède toujours un revers et n'en voir qu'un côté serait une grave erreur.


Mais passons sur ces fantasmes de société totalement égalitaire et civilisée pour en revenir à l'évolution de la femme.
Fort heureusement, on vieillit toutes. Et vite. Or passé vingt-trois ans (grand maximum), les vieux pervers ne nous regardent même plus. Notre pouvoir de séduction diminue en même temps que ce genre d’humiliations et dans la balance, un constat s’impose : on y gagne plus qu’on y perd. Certes le besoin narcissique de flatterie est de moins en moins comblé, mais il est également de moins en moins vorace. Finalement, la femme de trente ans se rapproche des hommes en ce qu’elle compte moins sur son corps que sur son travail pour atteindre le pouvoir. Alors elle se libère aussi du poids du désir et on la regarde non plus parce qu’elle est jolie, mais parce qu’il est toujours préférable d’avoir l’image avec le son. L’image est donc un bonus car on écoute avant tout ce qu’elle a à dire. 
La baisse du désir, qu'on en soit l'objet ou le sujet, est concomitante à l'augmentation de la place de la raison dans nos vies.

Les Grecs l’avaient compris avant nous (d’ailleurs que n’avaient-ils pas compris ?) puisque même les épicuriens parlaient de désirs superflus comme risques de perversion pour l’homme. Or le désir charnel en fait partie. Alors, pourquoi ne pas, à contre-courant de cette société pornographique, célébrer la baisse du désir charnel au profit du désir de vérité au sens où l’entendait Platon ? C’est le défi majeur de nos sociétés occidentales qui craignent même, en luttant contre le harcèlement sexuel que subissent les femmes, de « tuer » le désir ? Celui-ci n’a jamais été autant prôné comme but absolu de toute vie moderne accomplie. Quelle catastrophe pour la survie de l'espèce s'il venait à disparaître ! Le problème est qu’en y regardant de plus près, il nous freine plus qu’il ne nous fait avancer et s’en libérer, ou du moins tenter de le faire en prenant conscience de sa capacité de nuisance, ne ferait qu’augmenter notre degré de civilisation et nous rapprocher du bonheur. La sagesse grecque en somme.

mercredi 18 octobre 2017

La saison triste

Ca y est. Ce weekend passé à lire allongé dans l’herbe n’était que le dernier soubresaut d’un « été » révolu. Comme chaque année, il est décidément parti trop vite, n’a laissé entrevoir la chaleur réconfortante de son soleil qu’entre deux averses et seules les longues soirées douces et sèches rappelaient sa présence aux habitants de cette ville du nord de l’Europe.

Ca y est. Les trottoirs sont recouverts d’un tapis glissant de feuilles mortes humides, cachant parfois sournoisement des productions canines. Le chat de la maison sort de moins en moins et préfère passer ses quelques heures éveillées de la nuit à manger ses croquettes, ou encore à se désaltérer en trempant sa patte dans le grand verre d’eau oublié par son maître sur la table de chevet. Il observe plus les oiseaux de l’intérieur qu’il ne les chasse à l’extérieur comme il le faisait pourtant il y a quelques jours à peine.

Ca y est. La veille a sonné le dernier repas en famille pris dans le jardin. Précédé d’un apéritif convivial avec glaçons rendus obligatoires par les convenances et non par les températures, il faisait partie des classiques de la belle saison et son souvenir se teinte désormais de mélancolie à mesure que les soirées s’assombrissent.

Ca y est. Les étudiants ont tous repris le chemin de la fac et la nouvelle année scolaire des enfants est bien entamée, apportant son lot de devoirs et de nouveaux professeurs rarement justes et compétents, mais avec lesquels il faudra bien traiter jusqu’au 30 juin.

Ca y est. Bientôt il faudra allumer les lumières du bureau à 15 heures et enfiler de trop nombreuses couches de vêtements chaque matin. Les commerçants rangeront leurs citrouilles pour mettre des calendriers de l’Avant en vitrine et les sempiternels sapins de Noel envahiront les rues pour faire briller de leur gaieté factice ces villes plongées dans l’interminable hiver.