samedi 12 août 2017

21st century man

Un physique avantageux de Dame Nature
Muscles entretenus avec assiduité
Réussite matérielle bien affichée
Montre sur poignet viril et belle voiture

De notre extension du domaine de la lutte
Je suis un parfait vainqueur, fier et effronté.
Don Juan de mon temps sans culture ni sacré,
Je les séduis, charme, et toutes s'exécutent.

Adepte du e-tethering sans le savoir
Je collectionne les numéros féminins
Récoltés via la Bible du contemporain
J'ai nommé Adopte et autres réservoirs.

Trop occupé par mon travail et mes amis,
Mes multiples conversations virtuelles
Se concrétisent rarement dans le réel
Car aux sextos se résume ma triste vie.

Paris a beau être un terrain de chasse
J'ai la trentaine intérieurement usée
Qui me prive du courage de leur parler,
Devoir masculin toujours aussi coriace.

Mon smartphone, mon plus fidèle compagnon
Ma vantardise, placebo des fragiles
Et mes amis avec leur malheur futile
Ne sauront remédier à mon abdication.

L'âge et l'époque ont eu raison de moi.
Le sexe opposé n'est plus qu'un consommable
Superficiel, il n'a rien de respectable.
Maman, tu resteras celle en qui j'ai foi.


samedi 5 août 2017

PARCE QUE C'EST NOTRE PROJEEEEETTTTTT


1. "Le niveau de nos politiciens est médiocre car les Français sont un peuple médiocre." Bernie Bonvoisin, Rock and Folk, avril 2017


"Comment en suis-je arrivée là ? Plus rien ne m'extasie (plus rien ne m'intéresse même) à part le rock and roll. D'ailleurs, c'est une musique de vieux. Je dois être la seule quadra à ne vouloir vivre que pour ça, comme cela devait se faire dans les années 70. J'étais sous le charme de Ségolène Royale en 2007, j'ai pris ma carte du PS la même année, voté Hollande 5 ans plus tard avec conviction, et aujourd'hui, alors que ma patrie est au plus mal, je m'abstiens.
- Les deux sont sans doute liés, mais pensez-vous qu'un tel désintérêt soit dû à une déception vis-à-vis de la politique, et plus généralement du monde, ou à un vide existentiel intime qui se traduit par une abstention ?"

Je ne payerais pas une fortune pour te raconter ma vie si j'avais la réponse, ducon. Cette séance fût la dernière car ce psy me donnait trop l'impression de masquer son incapacité à m'aider par la prescription d'anti-dépresseurs et l'amoncellement de questions en fin de séances aussi inutiles que déroutantes. Vingt ans après ma thérapie comportementale et cognitive réussie contre mes crises d'angoisse, j'ai tenté de retrouver un professionnel du même calibre que celui qui m'avait sauvé la vie à l'époque. En vain. Sans doute parce que cette fois-ci, mon mal-être psychologique ne se traduisait par aucune manifestation physique contre laquelle il fallait lutter. En ce jour historique du 23 avril 2017, il s'était matérialisé par une honteuse et molle abstention au terme d'une campagne présidentielle suivie avec le plus grand intérêt pétri de dégoût et d'incompréhension. Depuis mon retour d'Allemagne il y a dix ans, je n'étais jamais vraiment parvenue à saisir les spécificités de mon pays et mon grand handicap qui consistait à vouloir tout comprendre m'empêchait de me ré-intégrer. Cette campagne des caniveaux, entre un candidat de droite promu pour sa supposée blancheur et qui s’était avéré aussi pourri qu’un président de la République de droite, une candidate d’extrême-droite light dont le discours national light-socialiste fat était matraqué à un électorat fragile pour masquer des connaissance économiques ultra-light, un facho apparatchik grincheux et germanophobe, un socialiste trop honnête pour avoir la moindre chance face aux Français et un jeune fondateur de start-up qui réussissait à nous faire croire avec son physique de communiant que tout le monde allait être heureux après son accès au pouvoir.

Je suis née un 21 janvier et ne risque pas d’oublier le symbole de cette date, contrairement à mon peuple médiocre. Je n’attends pas tout de l’État, je ne demande pas à mon président d’avoir l’allure d’un monarque pour mieux décider de tout, je ne me passionne pas pour les présidentielles tout en grognant « Tous pourris ! » pour ensuite me désintéresser des législatives, je ne trouve pas normal que mon président marche pendant 100 ans pour atteindre son pupitre devant la pyramide du Louvre, je trouve les cérémonies de passation de pouvoir et les défilés du 14 juillet aussi inutiles que soporifiques. Et surtout, je ne crois pas tous les cinq ans que les choses vont se métamorphoser pour le meilleur avant de cracher à peine un mois plus tard sur l’heureux que j’ai élu. Réflexe de petit peuple opprimé d’Ancien régime dont l’admiration pour son roi n’a d’égal que sa critique systématique et irréfléchie. Pourquoi avoir coupé la tête de ce pauvre Louis XVI si c'est pour rechercher désespérément un Louis XIV dans chaque président de la...RÉPUBLIQUE ?


Alors comment m’intéresser à l’existence tout court si je n’éprouve que du mépris pour la vie politique de mon pays et son peuple ? Je ne trouve pas ça anodin. « Si tu ne viens pas à la politique, c’est la politique qui viendra à toi. » Cette phrase de mon père m’a toujours accompagnée car les faits ne cessent de lui donner raison. Si tu ne t’intéresses pas au conflit syrien et que la montée de l’islamisme radical en France ne te touchent pas plus que ça, t’inquiète pas que les balles de ces grosses merdes de terroristes, elles, sauront te toucher. Se désintéresser du monde qui nous entoure et façonne progressivement notre quotidien au travers de coups brutaux porté à notre figure d’enfant gâté apathique de l’Occident n’est-il pas une aberration en soi ? L’abstention n’est-elle pas le sceau d’un nihilisme individuel latent ? Ne plus croire en rien. Ne plus pouvoir faire de choix. Même le choix du moins pire constitue un effort insurmontable. Désespérer de la politique c’est désespérer de sa propre vie sur cette putain de Terre.

jeudi 3 août 2017

Le festival au goût amer

Festival itinérant créé dans les années 90 par le leader de Jane's Addiction pour faire la promotion de son groupe et mettre en avant la scène grunge et alternative américaine, Lollapalooza n'a désormais d'underground que les origines. Perry Farrell doit être fort peiné de l'avenir pour le moins dénaturé de sa créature. Les choses lui échappent autant qu'à nous, mélomanes amateurs de vrais concerts, tandis que le mastodonte américain propriété de Live Nation devient le symbole d'une destruction de la culture au profit du pur profit, comme l'a très justement dénoncé l'éternel ministre de la culture français, passé à l'immortalité suite à son invention du pire affront jamais commis à l'égard de la musique : le 21 juin...

Rendons toutefois à César ce qui est à César : il a entièrement raison. Quelle ne fût pas non plus ma surprise d'apprendre que mon cher Rock en Seine avait lui aussi vendu son âme à l'oncle Sam. 
Soit. Le capitalisme est roi et loin de moi l'idée de le remettre en cause ni de prôner un quelconque protectionnisme (quoi que, l'exception française fonctionnant très bien pour l'industrie du cinéma). En revanche, j'ai mon mot à dire sur la destruction du concept même d'authenticité opérée par des géants américains, à l'instar de ce terrible Lollapalooza. Affiche plus qu'alléchante pour cette première parisienne : The Hives, Imagine Dragons, The Pixies, Lana del Rey et même les Red Hot. Ni une ni deux, je me suis ruée sur la billetterie. Pauvre de moi, car mon rêve d'ado rock des années 2000 (enfin !) réalisé




n'a su apaiser le goût amer laissé aussi bien par les prestations que le festival dans son ensemble. Passons sur l'organisation déplorable : navettes de retour insuffisantes et bloquées par les taxis et VTC, files d'attente de plus d'une heure pour les toilettes des filles, et surtout absence de temps de battement entre deux concerts sur les deux scènes principales. Grand seigneur, je préfère mettre ces balbutiements sur le compte de l'inexpérience puisqu'il s'agissait là du premier Lollapalooza parisien. Ma grande bonté atteint alors ses limites lorsque je repense aux mesures de sécurité on-ne-peut plus maigres dans la capitale d'un pays en état d'urgence et gangrené par le terrorisme islamiste. À en croire les multiples camions de gendarmes qui filaient vers Paris pendant notre pre-drink du dimanche au parc de Saint-Cloud,


Bouteille cachée derrière un arbre et retrouvée le lendemain. Temps fort hors festival :)


les forces de sécurité semblaient trop mobilisées pour l'arrivé du Tour de France. Et les gilets jaunes présents sur le site n'étaient-ils pas plus utiles à papoter entre eux et dragouiller au lieu de faire leur boulot et fouiller correctement ? À la décharge de l'organisateur, une série de concerts aux portes de Paris, avec 60 000 festivaliers dont 50 % d'étrangers bourrés et habillés plus courts les uns que les autres venus voir de nombreux artistes américains, ça n'a absolument pas l'air d'une cible idéale pour djihadistes. Du tout.

Mais ce qui m'a le plus chagriné est ailleurs. Tout semblait fake : des concerts sans âme pour la plupart, où des artistes trop américains (comprenne qui pourra, ou voudra) enchaînent les tubes pour un public trop composé de moutons gonflés aux réseaux sociaux qui n'attend qu'une chose : dégainer son smart phone pour avoir le plus de likes possible sur Insta. Paroxysme du spectacle désolant des influenceurs non mélomanes : le nuage de portables parsemé de petites putes juchées sur épaules aux premières notes de Wonderwall, pourtant entamées à reculons par un Liam Gallagher plus énervé que jamais. Cauchemar réitéré avec le Where Is My Mind final du concert chiant à mourir des Pixies. Heureusement, la Mylène Farmer américaine, ce soir-là déguisée en Amy Winhouse, nous a offert un gros lot de consolation. On dit merci qui ? Merci la rareté de princesse Lara, sans laquelle cette dernière aurait perdu en chaleur humaine. Sans compter la sublime mise en scène.





Et Dieu sait si la couleur (oh ça de la couleur, y en avait pardi !) était pourtant annoncée dès l'entrée sur le site avec cette reproduction de la Tour Eiffel pour bien enfoncer le clou "Hey! We are in Paris!" en carton-pâte prêt-à-instagramer...

En conclusion, je devrais songer à ma Haute-Marne d'origine pour l'été prochain. Festival organisé par une association locale, un lac, de jolies têtes d'affiche. Bref. La vie est ici.