mercredi 20 décembre 2017

Ablation de l'individualité par une majorité écrasante de sombres crétins

Dans ma grande mansuétude, j'ai accordé une soirée à des gens connus et des inconnus. Qu'ai-je récolté ? Des moqueries foncièrement mauvaises et hors de propos sur les Français. Car à l'étranger encore plus que dans votre Vaterland, la plupart des êtres humains gomment votre individualité et quelles que soient vos caractéristiques - physiques, de parcours, de personnalité et même professionnelles - celles-ci seront ignorées pour in fine vous réduire à votre nouvelle essence : votre nationalité. Le sophisme est total : on ne part pas de l'expérience pour conclure des idées relatives aux Français, mais on part de toute réaction ou de tout comportement que vous pouvez avoir, aussi insignifiants soient-ils, pour en déduire que c'est typiquement Français. À noter que bien souvent, on va prendre tel acte ou parole comme un prétexte pour plaquer grossièrement ses préjugés. Les Français sont snobs, les Français aiment la bonne chair, les Français sont arrogants. À partir de là, tout comportement de l'individu français à l'étranger sera mis dans la case formée par tel ou tel préjugé pour peu que son acte s'y apparente de près ou de loin. Inutile de dire que le principe fonctionne pour toutes les nationalités et origines, mon cas étant représentatif de ce que vivent les "déracinés", peu importe d'où ils viennent.

Il en résulte à long terme une frustration immense qui se transforme en chagrin et même en pure misanthropie. Le ressentiment engendre isolement et un cercle vicieux se déclenche. Plus je m'isole, moins j'ai l'habitude des remarques des autres. Moins j'ai l'habitude des remarques des autres, plus elles me blessent. Plus elles me blessent, plus je m'isole. On peut bien se dire que les auteurs des remarques désobligeantes ne sont que des beaufs tout simplement peu habitués à fréquenter autre chose que des Teutons aussi débiles qu'eux, et c'est objectivement vrai. Pourtant, le mal, à double tranchant, est fait.
Premier effet kiss cool, les moqueries récurrentes envers votre nationalité de la part d'un peuple au milieu duquel vous vivez a une et une seule signification : tu n'es pas des nôtres. Quand on vit depuis bientôt sept années dans un pays, c'est tout simplement cruel, d'autant plus que pendant les rares visites au sein de la patrie, on vous rappelle que vous ne faîtes plus partie de la communauté nationale. Comprenez : en Allemagne, je suis la Française et en France, je suis l'Allemande.
Deuxième effet kiss cool, ramener en permanence un individu à un tout comme sa nationalité revient à nier son individualité. Or, nier l'individu n'est-il pas nier son humanité même ? Paradoxalement, puisque l'humanité est un tout. Ceci étant dit, elle se définit comme un tout, somme d'individus. Or si je suis la Française, et donc les Français, je ne suis plus Ed. Je n'existe plus. Je suis un peuple tout entier, plus exactement l'idée d'un peuple. Je ne suis donc plus un être individuel incarné, résultat certes d'une histoire et d'un pays, mais aussi d'un parcours personnel. Je suis réduite à un concept, à une abstraction donc. Preuve sans appel de la négation de mon être concret devant l'abstraction : lorsque je prie ces crétins d'arrêter leurs blagues, ma volonté est ignorée. Évidemment, puisque je ne suis pas. La volonté d'un homme n'est que l'expression de son individualité et de son humanité. Or on m'a dépouillé de la mienne.

Molecule Man, Berlin ou les Autres réunis
Élargissement de la réflexion : le problème se pose de manière criante lorsqu'on vit à l'étranger, mais  chaque être humain fait cette expérience dans son propre pays. Lors de mes jeunes années en France, j'ai presque toujours été "la blonde" et bien d'autres concepts encore, mais autant s'arrêter là pour ne pas tomber dans le pathos. Ma réalité est cruelle, malheureusement elle est insignifiante rapportée à ce que peuvent subir des gens bien moins favorisés par la loterie de la naissance.

Je retourne dans ma grotte.

À bon entendeur...



NB : Cet article fait écho, même si le thème central est autre, à la réflexion sur l'individualité face à la société développée ici.

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